• [Actualité] Je suis une païenne, ma vie ne compte pas

    Avec le drame terrible qui a frappé Saint-Etienne-du-Rouvray hier, où deux jeunes hommes se revendiquant de Daech ont égorgé un prêtre de 86 ans, nous avons découvert une chose.

    Il y a les martyrs, et il y a les autres.

    Il y a ceux qui revendiquent des morts qui ont "perdu la vie pour leur foi", et il y a les anonymes dont aucune foule ne se réclame.

    Je suis une païenne, une mécréante, ma vie compte donc moins que celle d'un bon chrétien. Voilà en tous cas le message qu'ils me renvoient.

    Parce qu'ils oublient bien vite ces bons croyants que l'organisme de Daech frappe en aveugle tout ce qui ne lui appartient pas. Et que si les chrétiens sont ciblés, il y a aussi des personnes qui sont prises pour cibles parce qu'elles sont homosexuelles. Faut-il sortir un nouveau terme pour les distinguer des autres victimes? Il y a des personnes qui sont tuées parce qu'elles ne croient pas et sont libres de le faire. Il y a des personnes qui sont tuées parce qu'elles sont libres de leurs pensées et de leurs actes. Il y a des personnes qui sont tuées parce qu'elles osent rire, porter des robes, danser, écouter de la musique, s'amuser, chanter, boire, vivre.

    Il y a eu ce dérapage du chef de l’État qui a déclaré après ce drame que Daech nous avait déclaré la guerre. Faut-il comprendre à cette réaction que les victimes précédentes n'avaient pas assez de valeur, qu'il a fallu la mort d'un homme d'église pour que "Daech nous déclare la guerre"...? Ce qui nous ramène à l'idée que toutes les vies ne se valent pas.

    J'ai été choquée d'entendre un tel hommage aux victimes catholiques en particulier, d'entendre une très brève allusion aux autres cultes et pas une seule mention de l'agnosticisme et de l'athéisme.

    Pourtant, et cela est certain sur le plan statistique, une partie des victimes ne croyait pas. Une partie des victimes a été tuée parce qu'elle ne croyait pas. Parce que, privilège de la France, nous sommes dans un pays Laïc ET NON DANS UN PAYS CHRÉTIEN. Parce que nous avons cette reconnaissance du droit de ne pas croire, que notre gouvernement semble avoir oublié. Et parce que ce droit terrifie Daech peut-être encore plus que celui d'être libre de sa religion.

    Il n'y a pas de "martyr", il n'y a que des victimes. Car parler de martyr pour définir la mort d'une personne pour sa foi revient à nier que d'autres ont été tuées pour le droit de ne pas croire. Parler de martyr pour la mort d'un homme d'église revient à nier la foi des civil-e-s, ou leur droit à l'athéisme. Cela revient à mettre la foi dans une case à part, plus valorisée, et donc à ne pas donner la même valeur à toutes les victimes.

    Parler de martyr revient à hiérarchiser la valeur des vies perdues dans ces horreurs.

    Selon cette logique, je suis une païenne et ma vie ne compte pas autant que celle d'un homme d'église. Si demain je devais être la prochaine victime de Daech, je ne serais qu'une victime de plus au nombre des anonymes.

    Je n'aurais pas droit au nom de martyr parce que mon droit de ne pas croire compte moins que la chrétienté d'un homme d'église.

    Même si je serais morte pour ma liberté spirituelle. Pour ma liberté tout court.

    Pour rappel la Déclaration des Droits de L'Homme et du Citoyen dit que "Tous les Hommes naissent libres et égaux en droits."

    Et la loi 1905 sépare l’Église de l’État.

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