• Bafouée

    En fin de semaine, j'ai appris une nouvelle qui m'a fait l'effet d'un soufflet: après deux ans de bons et loyaux services, de travail volontaire et acharné auquel je donnais une certaine exigence de qualité, tant que de quantité, l'agence pour laquelle je travaille m'a fait l'affront suprême de prendre une autre personne en plus de moi sur la petite commune où je m'occupe de l'information.

    Il n'y aura pas plus de pages dans le journal.

    Il y aura simplement moins de travail pour nous deux, et pour des indépendants qui dit moins de boulot dit moins d'honoraires.

    Moi qui vivotais tout juste de ce que je faisais, j'ai eu l'impression que l'on me poussait dans le vide.

    La première question qui a fusé a été "mais pourquoi?" "En quoi ai-je mal agi? Que n'ai-je pas su faire? Où ai-je péché?"

    Les interrogations suivantes concernaient une éventualité de pistonnage, une idée logique.

    De la colère, de la peur, de l'hébétude. Je ne comprends pas. Ont-ils eu à se plaindre de mois ces deux dernières années? Ai-je présumé de mes compétences? Comment vais-je faire à présent pour vivre?

    Le deuxième emploi n'est plus une option facultative, même s'il entre en scène au moment le plus inopportun. Car cette année, je suis inscrite en formation, dans une école renommée et onéreuse, pour la première partie d'un cycle de trois ans. Certes, ces cours se feront par correspondance, mais aurais-je le temps de cumuler deux temps partiels et du bachottage?

    Cela me semble soudain relever d'un équilibre précaire...

    Et tout cela partant d'un choix aussi arbitraire que malheureux, qui ne saurait avoir de bonnes raisons.

    On a jamais de bonnes raisons d'affamer quelqu'un qui survit.

    Je ne peux même pas en vouloir à la candidate qui va me pousser dans la galère. Sans doutes en est-elle au même point que moi, elle ne fait que ce que je fais. Elle essaie de s'en sortir la tête haute.

    J'ai croisé quelqu'un encore aujourd'hui, qui m'a arrêté dans la rue pour me féliciter d'un article que j'avais écris à son propos. Elle m'a remercié d'avoir si fidèlement su transcrire les faits, sans déformation, vantant que cette qualité devenait de plus en plus rare en presse écrite. Avec un sourire, après ces quelques mots échangés, elle a reprit son chemin. "Je voulais juste vous dire cela!"

    Ca aurait dû me faire plaisir. Bien sûr, cela m'a fait plaisir.

    Mais ça m'a fait mal aussi. Il y avait beaucoup de tristesse dans cette joie, celle de se dire "ces relations de travail patiemment tissées au fil des mois, ce contact privilégié avec les gens de cette ville, ma bonne réputation si durement acquise, la confiance que l'on m'accorde à présent ici-bas... Tout cela bafoué sans un mot d'explication."

    J'étais accompagnée, j'ai souri.

    C'était pour ne pas pleurer.

     

    Bafouée

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