• Au sortir du premier livre, j'avais fais une critique sur "Le dernier voeu" de Sapkowski, premier volume de la saga Sorceleur. Finalement, je vais faire une critique pour la série, ayant du mal à séparer les différents volumes dévorés à la suite.

     

    [médiéval-fantastique] Série Sorceleur - Andrzei Sapkowski

    Les deux premiers livres préparent le lecteur à l'univers et au personnage au travers de nouvelles qui peuvent presque êtres lues indépendamment de la série. Presque seulement puisqu'on retrouve tout de même entre elles la trame conductrice de l'histoire de Geralt de Riv, le Sorceleur.

    Entre ses différents périples, on apprend à cerner cet étrange personnage, d'une foisonnante complexité. Et si vous trouvez, amis lecteurs les deux premiers livres intéressants et haletants, vous n'avez encore rien vu...

    [médiéval-fantastique] Série Sorceleur - Andrzei Sapkowski

    Un rythme soutenu:

    Le rythme de départ est assez modéré au fil des différentes chroniques. On y croise les personnages récurrents; la sorcière Yennefer, le barde Jaskier, la reine Calanthe de Cintra, et le nain Yapen Zigrin. Mais dès le troisième volume, le rythme et la forme changent, passant du recueil de nouvelles au roman complet. Et l'aventure commence très fort, entre providence, prophétie, complots, guerres, refus et acceptation.

    Des personnages magnifiques:

    Une des forces de Sapkowski est incontestablement la profondeur qu'il donne à ses personnages. Aucun n'est tout à fait ce qu'il semble être, tous ou presque ont leur part d'ombre et de lumière. L'insouciant Jaskier, la ténébreuse Yennefer, la délicieuse Triss Merigold, la si émouvante Ciri. Et bien sûr Geralt dont la personnalité ne cesse de se révéler plus humaine à chaque page.

     

     

    [médiéval-fantastique] Série Sorceleur - Andrzei Sapkowski Geralt de Riv:

     Ce sorceleur est le personnage central de l'histoire. Il appartient à un ordre de chasseurs de monstres, une sorte de mercenaires des créatures fabuleuses les plus dangereuses. La légende veut que les sorceleurs soient incapables de sentiments, de froides machines à tuer, des outils formatés à appliquer sans état d'âme. Pourtant, Geralt réserve pas mal de surprises...

    Il vit avec la sorcière Yennefer une passion plutôt mouvementée.

    [médiéval-fantastique] Série Sorceleur - Andrzei Sapkowski Yennefer:

    Yennefer est une magicienne talentueuse et une très belle femme au charme certain, aux longs cheveux noirs, aux yeux violets et au parfum de lilas et de groseilles à maquereaux. Mais sa grande spécificité est moins son charme que sa romance plutôt tourmentée avec Geralt. Capricieuse, volage, indécise, rancunière, elle offre au prime abord un mauvais caractère. Elle souffre d'un mal d'enfant, incapable de procréer.

     

    [médiéval-fantastique] Série Sorceleur - Andrzei Sapkowski Jaskier:

    Jaskier est un barde et poursuit la vocation d'être le plus illustre et le plus acclamé des poètes. Son répertoire n'est pas que romantique, il est en effet un grand compositeur de vers et de proses à caractère plutôt paillard. Ami de Geralt, il croise souvent le chemin du Sorceleur et donne à ses aventures une teinte de joie et d'insouciance agréable.

     

     

    [médiéval-fantastique] Série Sorceleur - Andrzei Sapkowski Ciri:

     Elle n'apparaît que tardivement dans la série (si vous n'avez pas -encore- lu les livres, je vous invite à ne pas trahir un suspense et arrêter votre lecture ici)

    Enfant de la Providence, Enfant de Sang Ancien, sa route va croiser celle de Geralt de Sorceleur pour littéralement bouleverser son existence...

     

     

    [médiéval-fantastique] Série Sorceleur - Andrzei Sapkowski Triss Merigold:

     Triss est une magicienne vive et gaie. Amie de Yennefer, elle est secrètement amoureuse de Geralt, sentiment non réciproque. Femme intelligente et directe, elle aura un rôle important à jouer dans l'épopée...

     

     

    [médiéval-fantastique] Série Sorceleur - Andrzei Sapkowski Vesemir:

     Il est le chef et Sorceleurs et le mentor de Geralt.

     

     

    [médiéval-fantastique] Série Sorceleur - Andrzei Sapkowski Nenneke:

     Nenneke est prêtresse de Melitele au Temple d'Ellander. Elle traite et considère Geralt comme un fils. Femme forte et autoritaire au grand coeur, elle soutient et protège le Sorceleur envers et contre tous.

     

     

     

     

     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Coeur d'acier

    Lire un roman de Sanderson, c'est savourer la cerise d'un café liégeois, c'est déguster une gorgée de jus de fruits un chaud jour d'été, c'est sentir le léger picotement de l'excitation lorsque le quotidien se teinte de nouveauté. Mais surtout, lorsqu'on le découvre, c'est l'impression de se faire un ami, de se laisser apprivoiser au fil des pages, comme d'apprivoiser sa plume, ses mots, sa réflexion. Et ouvrir un roman de Sanderson, lorsqu'on le connaît, c'est reprendre la discussion avec un ami de longue date que l'on redécouvre comme si on ne l'avait jamais quitté. Outre l'intrigue, outre l'histoire, les personnages, on retrouve ce style à la fois simple et efficace, cette plume à la fois familière et unique à laquelle on s'accroche, dont on savoure chaque mot...

    Prévoir l'écriture de Sanderson est difficile, et dans certains romans même impossible tant ses scénarii sont complexes et bien menés. Mais cela devient un jeu entre l'auteur et son lecteur, une sorte de défi tacite, une partie de cache-cache où il lance cette idée implicite "parviendrez-vous à me déjouer? Parviendrez-vous à comprendre ma trame, mon plan?"

    Et commence alors, avec de nombreux frémissement de plaisir ce bras de fer au fil des mots: aurais-je saisi son plan avant la fin de l'histoire?

    Lire un roman de Sanderson, c'est oublier le temps qui passe, faire abstraction des heures, du jour ou de la nuit, c'est s'immerger totalement, une plongée en apnée dans des mondes à la fois sombres et extraordinaires, ce sont des courses à perdre haleine entraîné sur les pas de personnages attachants. Lire un Sanderson, ce n'est pas simplement lire: c'est vivre le roman sans relâche jusqu'au mot "fin"...

    Et pleurer de ne pas pouvoir poursuivre l'aventure.

    [Fantasy/SF]Coeur D'Acier -Brandon Sanderson

    Résumé:

    On les appelle les Épiques. Il y a dix ans, ils ont été frappés par un éclair. Depuis ils possèdent d’incroyables pouvoirs. Mais leurs intentions ne sont pas bonnes…
      À Newcago, un Épique appelé Coeur d’Acier s’est emparé du pouvoir. On le dit invincible : aucune balle ne peut le blesser, aucune épée trancher sa peau, aucune explosion le détruire. Seuls les Redresseurs, un groupe d’humains ordinaires qui ont consacré leur vie à étudier les Épiques afin de découvrir leur point faible, lui résistent.
      David Charleston a dix-huit ans. Quand Coeur d’Acier est arrivé à Newcago, il a tué son père. Depuis des années, David rêve de se venger, et il possède quelque chose dont les Redresseurs ont besoin… Le jeune homme a vu l’impossible : il a vu saigner Coeur d’Acier.

     

    Attention, risques de spoilers!

    Le cadre, le contexte, la trame

    L'histoire prend vie cette fois dans un cadre familier, un futur proche, un monde qui pourrait être le nôtre, qui devrait l'être... Et pour cette nouvelle saga, l'auteur exploite un aspect assez étonnant des Super Héros: et si en vérité, ces surhommes n'étaient pas là pour aider les humains? Et s'ils étaient mauvais..?

    C'est dans ce contexte que David, jeune homme livré à lui-même décide d'étudier les Epiques, ces êtres dotés de pouvoirs qui ont asservis les humains. Mais le projet de David se concentre sur un seul et ultime but: tuer Coeur d'Acier, l'empereur de Newcago...

    Comme l'auteur nous y avait habitué avec le premier cycle de Fils des Brumes, l'on débarque dans un univers très sombre, tourmenté, dur, et angoissant où la vie tient à peu de choses.

    C'est dans ce monde dévasté et post-apocalyptique qu'une poignée de résistants va s'élever contre un oppresseur, autre thématique familière. Mais les similitudes s'arrêtent là.

    Car Sanderson nous brosse son histoire avec un réalisme presque douloureux, où les choix entraînent des conséquences, où la réussite n'est pas garantie et la survie non plus. Connaissant le caractère impitoyable de l'écrivain avec ses personnages, surtout lorsqu'il a bien réussi à les rendre charismatiques, j'appréhendai le premier mort dès la page trois...

    Et si l'intrigue de Coeur d'Acier est moins riche en virages tortueux et coups de théâtre que d'autres de ces romans, l'on sent avec plaisir qu'il mène parfaitement son affaire, on se laisse absorber dans son monde, on pleure, on rit, on souffre, on angoisse pour les personnages, on sourit avec eux. L'action soutenue, particulièrement bien guidée sur les fins de chapitre pousse à la lecture maintenue, et lorsqu'il faut vraiment lâcher le livre, fait réfléchir longtemps. Et la fin du roman est une fois encore frustrante tant sa lecture est addictive.

    Comme à son habitude, Sanderson place assez rapidement tous les éléments qu'il exploitera, dans le décor initial. Il laisse de petits cailloux blancs habilement placés pour être suggérés sans forcément attirer l'attention, et révèle au fil des chapitres le génie presque cruel de son scénario.

    Les personnages

    Une des richesses de Sanderson est l'intensité de ses personnages et ce, dans la plupart de ses romans. Coeur d'Acier n'échappe pas à cette règle. Leur relief n'est pas celui d'une Vin ou d'un Kelsier, mais on retrouve dans sa manière de nous présenter Megan ou Jon des inflexions familières, et le charisme des acteurs principaux de cette aventure reste très fort et marquant. On rit des frasques de Cody, on se prend d'amitié pour Abraham, on se penche avec curiosité sur Prof alias Jon, on suit les avancées de Tia avec intérêt, on se pique d'affection pour Megan et David. Ils ont cet aspect humain, réalistes, crédibles qui les rend à la fois si accrocheurs et si vivants.

    Bref, Coeur D'Acier est à la hauteur de ce à quoi l'auteur a habitué son lectorat et mérite vraiment d'être chaudement recommandé. Les fans de la première heure et les grands lecteurs regretteront peut-être un petit volume n'excédant pas les 330 pages qui seront dévorées toujours trop vite!

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Comme j'aime beaucoup m'infliger des paris idiots, il y a quelques années, je me suis imposée la lecture de Twilight (qui est paradoxalement meilleur en bouquins qu'en films, du fait du style d'écriture qui sauve un peu le bouillon).

    Cette année, lasse de n'entendre parler QUE du porno de gare Cinquante Nuances de Grey (non, ce n'est pas une "romance érotico-romantique" mes chéris, mais un bon vieux porno parfaitement explicite, je vous laisse regarder les définitions d'"érotisme" et de "pornographie" dans le dico pour comprendre), je me lance. (Non, je n'ai pas acheté le livre, on ne va pas pousser le vice trop loin non plus!).

     

    [Impression] Cinquante nuances de Grey, le Twilight pour adultes

    L'intrigue:

    Si on passe sur un démarrage TRÈS LONG, et une première partie plutôt plate où on se demande ce que l'auteur cherche à démontrer, le livre se résume finalement à un éros porno plutôt bas de gamme. On sent une patte masculine (alors qu'à mon grand dam, le livre a été écrit par une femme!) dans le portrait de l'héroïne et son profil psychologique (parce que bon, des jeunes vierges nunuches de 22 ans qui acceptent autant de trucs d'un coup sans trop discuter, ça ne court pas les boulevards...) Et au niveau stylistique, la plume est décevante, vulgaire et sans relief. Même pas la drôlerie caustique d'un San Antonio -on en est loin-... Les principaux éléments perturbateurs de l'histoire étant un vague triangle amoureux qui fait flop très vite, et deux-trois antagonistes qui se claquent le bout du nez à la première altercation, l'essentiel du contenu repose sur de très régulières scènes de sexe (qui ont le mauvais goût d'avoir toutes l'air copiées-collées ou presque), et les dilemmes internes des personnages (oui ça meuble de montrer les efforts de réflexion de personnes qui n'ont pas l'habitude de cet exercice)

    Quant aux scènes olé-olé qui font manifestement le succès du livre et dont l'auteur nous gratifie toutes les deux pages (les héros de 50 shades sont plus performants que les lapins, ils ne s'arrêtent même pas pour pouvoir à leurs besoins naturels... une sorte de super-pouvoir qui ne sert pas beaucoup le bien de l'humanité.) on en lit une, on les a toutes lues. Pas besoin d'être par ailleurs un grand clerc de la luxure pour arriver à soupeser ce qui est crédible de ce qui l'est déjà moins... (oui parce que je me répète, mais combien de jeunes vierges maîtrisent la brouette bulgare dès leurs premiers rapports...? Quant à la jouissance immédiate/sur commande/ à répétition voir TOUJOURS dans l'ordre homme puis femme -jamais l'inverse!-, c'est assez magique quand même...)

    Alors, qu'est-ce qui m'a interpellée dans ce bouquin?

    C'est en vérité un Twilight pour adultes.

    [Impression] Cinquante nuances de Grey, le Twilight pour adultes

    Manifestement je ne suis pas la seule à le penser...

    Le public et le thème ne sont pas les mêmes, la structure si. Avec d'un côté le héros fatal, inaccessible irrésistible et dangereux façon bad-boy-tu-peux-pas-test-super-torturé-que-seul-un-amour-de-cruche-peut-guérir, et de l'autre la cruche intersidérale - ou pas bien loin-  qui se situe grosso-modo dans la moyenne (pas particulièrement belle/intelligente/brillante, voir par moment passablement nouille... Je m'excuse d'ailleurs de cet amalgame auprès des nouilles.) qui a paradoxalement un succès plutôt honorable chez l'autre sexe (mais qui n'en veut aucun bien sûr. En tous cas jusqu"à Ken Edward Christian). Et, allez savoir pourquoi ces deux êtres aux antipodes (à ce stade, on a dépassé le concept des étoiles contraires...) nous jouent un "je t'aime, moi non plus".

    Ça arrive tous les jours que des milliardaires veuillent absolument posséder une jeune béate qui tombe à plat ventre dans leur bureau et que s'ensuive une histoire d'amour compliquée mais réciproque suite au harcèlement de monsieur... Oh wait!

    Certes E-L James n'est pas Meyer (Mormone qui refusait de décrire une scène de rififi avant le mariage des personnages, et qui, au regard de son public est restée très "gentille"), mais les profils des personnages clés ne dévient pas. C'est EXACTEMENT la même recette au point que si j'étais Meyer, j'envisagerai l'attaque pour plagiat. Le beau gosse, la cruche et le meilleur pote déçu. Désolée pour les spoilers pour ceux qui ne l'ont pas lu, mais vous n'avez pas perdu grand-chose...

    Alors ici, pas de vampires-disco-boules-à-facettes ni de loups garous Amérindiens body-buildés dopés aux amphet', mais un homme adepte de la Dominance et du sado-masoschisme... Et une oiselle qui n'a pas trop l'air de savoir où elle va -mais elle y va quand même, hein- ni ce qu'elle veut, mais qui croit au power du luv' parce que l'amûûûr triomphe toujours! Souvent. Il paraît. Dans certains cas. Parfois. De temps en temps. Merde.

    L'histoire d'amour se voit donc régulièrement étouffée dans des scènes de sexe où l'auteur s'est manifestement fait plaisir (même si ça devient très rapidement répétitif voir ridicule dans l'absence de réalisme des réactions du couple), mais qui traînent en longueur sans décoller beaucoup, et qui tournent vite dans le redondant. Trop récurrentes et mal travaillées -c'est un genre qu'on assume ou pas, mais qui ne pardonne pas trop l'erreur-, pas le genre de littérature pour s'enflammer à la lecture.Un porno qui essaie laborieusement de se trouver une étiquette de romance.

    Plutôt le genre à prendre avec beaucoup de détachement, à la rigolade. Et encore.

    Mais malgré tout, j'ai été subjuguée dans ma lecture en diagonale du parallèle frappant qui s'est imposé à moi entre la saga guimauve de Meyer et celle un peu plus crue de E-L James. Si on retire leurs styles respectifs et le contexte, Christian Grey et Ana Steele ne sont jamais qu'un nouvel Edward Cullen et une nouvelle Bella Swann... James ayant avoué avoir écrit 50 shades en fanfiction de Twilight, les deux histoires offrent une troublante similitude.

    Les personnages:

    • Christian Grey est un amalgame de clichés pseudos-sexy (beau, ténébreux, tourmenté, avec en bonus du fric par dessus la tête, c'est bon, tu le sens le fantasme de la richesse?) et sa tentative de séduction d'Ana n'est jamais qu'un vulgaire harcèlement moral doublé de stalking... Monsieur ignorant manifestement les notions de respect du consentement/de l'intimité relatifs au SM et de manière générale, à l'amour et au fonctionnement d'un couple sain. Transposez le même comportement chez Gégé, quinquagénaire bedonnant porté sur la bière et au chômage, vous verrez que ça aura soudain l'air beaucoup plus suspect et beaucoup moins sexy... Et pourtant ce n'est pas le messager qui est douteux mais le message... (c'est dire à quel point ça part loin) Celui qui dit qu'on peut tout à fait harceler et fliquer une femme pour l'obtenir, qu'on a le droit de lui imposer sa volonté tant qu'on a l'excuse d'être riche et beau, ça passe. WTF? Il a quelques mono-fixettes pour faire croire qu'il est fou (son alibi officiel) et change d'humeur toute les trois secondes et demi, il n'aime pas être touché pauvre trésor et il a eut un départ difficile dans la vie. Cliché, cliché, cliché. Sur fond de cliché, avec banalisation de comportements dangereux (je parle ici du harcèlement) avec une nouvelle louche de clichés. Next.

     

    • Katerine -Kate- Kavanagh: La meilleure-amie-sex-bomb. Il faut comprendre que l'entourage de l'héroïne a un potentiel de beauté-séduisance très supérieur au commun des mortels (le petit détail qu'on croise TOUS au quotidien... Toujours persuadés qu'on est dans une romance...?). Kate incarne dans ce contexte la femme PARFAITE: belle en toute circonstances, avec du caractère, du charisme, de la personnalité etc etc etc. Une Mary-Sue, mais en pire (si si...). C'est un peu le faire-valoir inversé d'Ana, le point de comparaison à partir duquel l'héroïne se dévalue parce qu'elle est "moins belle", "moins séduisante", "moins douée" "a moins de répartie". Si l'effet de genre est intéressant à petite dose parce qu'il permet de nuancer un personnage principal qui tendrait à être trop parfait, l'abus qu'en fait l'auteur est juste écœurant et rend les passages Ana/Kate particulièrement longs et fastidieux. Et pour parfaire le tableau de la belle histoire qui ne peut QUE "bien se finir", Kate sort avec le frère de Christian... (ben voyons, comme c'est pratique...) histoire de serrer les rangs et de ne pas faire de jaloux... Hormis son rôle de point de comparaison/faire-valoir, Kate n'a pas vraiment d'existence propre. Disons-le honnêtement: elle ne sert à RIEN. (Comme la plupart des personnages... aïe, pas la tête!)

     

    • Anastasia -Ana- Steele, l'héroïne, qui dans le livre même est décrite dès le début d'une banalité confirmée attire à elle une armée d'hommes, toutes hormones au garde-à-vous sans qu'on sache tout à fait pourquoi, elle n'en veut qu'un seul, et fatalement c'est Ken Edward Christian "méchant garçon" de l'histoire. Il la repousse, elle le cherche... On a même droit à la reprise du bon vieux triangle amoureux avec le personnage de José, brave gars bien sous tout rapport qui se consume d'amour pour une femme qui ne le voit même pas. Ana n'a pas de volonté propre, mais a deux personnages intérieurs (sa conscience et sa déesse intérieure) qui lui soufflent le chaud et le froid de manière schizophrénique. Elle ne semble pas trouver anormal d'être stalkée ou achetée via de somptueux cadeaux par un milliardaire aux appétits sexuels peu conventionnels et lui dit "oui" relativement vite et sans résistance. On pourrait éventuellement diagnostiquer un instinct de survie du lemming, mais j'aurais assez peur de porter préjudice aux lemmings dans l'histoire. Son mode de réflexion se limitant la plupart du temps à "Mon Dieu, qu'il est beau/sexy, ce n'est pas légal d'être aussi beau/sexy" et "Oh le pauvre, il a eut du malheur dans sa vie, je vais m'occuper de lui et tout changer". (Oui, ceci est la psychologie d'un personnage principal. Hélas)

     

    • José: Le dindon de la farce. Dans notre trio, si on transpose en version Twilight, c'est le loup-garou qui bave d'amour face à Bella. José apparaît comme un type TRÈS BIEN presque tout le début du bouquin. Cependant, j'ai été un peu vite en écrivant "bien sous tout rapport", dans le sens où ce brave gars, on ne sait pas pourquoi tente de violer la femme qu'il aime alors qu'ils ont un petit verre de trop dans le nez... Euh... Comment dire madame James? C'est pas franchement une réaction super normale ni super cohérente de la part d'un mec éperdu, même saoul... On peut donc se demander par quel bug des synapses José s'est mit à comprendre "oui" quand Ana disait "non". Sachant que cette scène tombait scénaristiquement très bien pour faire de Christian Grey le preux chevalier volant à la rescousse de sa bien-aimée (qu'à ce moment de l"histoire il n'a croisé que deux fois), histoire de faire un peu mieux passer la pilule du traçage qu'il a fait sur elle et de sa manie d'être dans ses pas où qu'elle aille et quoi qu'elle fasse. Vous la sentez, l'anomalie de ce comportement? (si la réponse est "non", cf l'exercice de transposer cette attitude sur un quinquagénaire au chômage, vous verrez, ça calme...). Ana étant donc entourée d'hommes aux mœurs plutôt discutables... Alors oui, malheureusement ça arrive (même trop souvent), mais en quoi est-ce supposé être "romantique"...? Pour la "défense" de José, il sera le meilleur pote impeccable de l'héroïne jusqu'à la fin des trois bouquins (le pauvre) et continuera de se transir d'amour pour elle de loin, et même Christian finira par l'accepter à la fin (euh...) histoire de formuler un joli "happy-end". Hem...

     

    • Leila: L'ex-soumise. Leila était potentiellement le personnage le plus intéressant du tome 1, parce qu'elle apportait une note d'imprévu (peut-être le seul élément qui ne soit pas télégraphié à dix kilomètres. Seulement à cinq), elle jouait l'élément perturbateur et déviait le cours de l'histoire d'un déroulement trop évident. Elle aurait pu être un bon personnage en étant plus développée et exploitée autrement, mais son histoire tourne court. Il s'agit d'une ex-soumise de Christian qui revient le hanter en menaçant Ana, qui a prit "sa place". Un bon potentiel qui s'achève en pétard mouillé. Comme à peu près tout le reste.

     

    • Elena/Mrs Robinson: Le mauvais génie de Christian, la femme qui l'a initié à la Domination, son associée en affaire et confidente. Là encore, comme Leïla, Elena aurait pu avoir une meilleure dimension d'antagoniste avec un certain développement: elle a une influence sur Christian et tient à lui, Ana passe son temps à s'interposer entre elle et lui, et la condamne haut et fort pour le détournement de mineur dont elle a fait preuve avec Grey (effectivement...) Un autre pétard mouillé. Elena qui semble être au départ une femme de poigne, intelligente et forte s'aplatit complètement devant Ana. (euh... laul? Une femme de tête qui s'écrase devant une jeune femme qui en est encore à confondre drague et stalking et à penser que c'est narmol qu'un milliardaire étranger la couvre de cadeaux pour lui demander de se soumettre sexuellement à lui...? Hem...) Ana qui pourtant lui fait des scènes relativement ridicules dans leur déroulement...  et ses rapports avec Christian sont bredouillants, incertains. Elle aurait presque pu être intéressante, c'est sans doutes pour ça qu'elle retourne au placard dès qu'un des personnages principaux élève la voix. Un vrai-faux antagoniste qui perd par là même beaucoup de sa raison d'être.

     

    • Jack Hyde: le patron pervers. Ana ne pouvant pas avoir un patron "normal" (bah non, c'est un porno une romance érotique-machin voyons!), il fallait qu'elle tombe sur un pervers, histoire de renforcer la paranoïa/aspect chevaleresque de Grey. Jack Hyde (dont le nom de famille transparent ressemble presque à une blague compte tenu du personnage qui "cache" sa nature. Quel âge a l'auteur déjà...?) aurait eu lui aussi un bon potentiel d'antagoniste dans une intrigue plus développée (n'en dites pas plus...). Il maintient d'ailleurs sa place jusqu'à la fin du troisième livre et James développe même un début d'intrigue potentiellement intéressant avec lui... Qu'elle brade vite fait bien fait, quand même faudrait pas déconner, c'est une histoire de cul "d'amour" ce machin à la base. (même si une critique honnête évoquerait plutôt le harcèlement et la manipulation mais bon...) En définitif, Hyde qui pourrait être un homme ténébreux et complexe se révèle juste un obsédé sexuel aigri par son passé, la promesse de charisme que l'auteur tente de dépeindre au début s'effondrant vite dans une trop grande surenchère mal gérée et clairement manichéenne. Et forcément sur toutes les femmes qui gravitent autour de lui, il n'en voulait qu'une, la plus banale, la moins remarquable, la plus neutre et la seule sur qui Grey avait mis le grappin. C'était vraiment inattendu comme retournement de situation...

    Quelques messages perturbants:

    On peut pardonner à un livre d'être mauvais, mais certaines choses passent moins bien dans le registre de l'erreur, ce sont les messages, clairs ou sous-entendus qui sont transmis au fil de l'histoire.

    Il y a bien sûr la banalisation du harcèlement: Christian Grey va chercher Ana Steele d'une manière répréhensible sous bien des aspects (quasiment tous), fussent-ils légaux ou moraux parce qu'il ne fait rien moins que la suivre partout, la faire tracer, la fliquer... Parce qu'il en a les moyens. "Parce que je le peux" étant sa réponse récurrente, tel un mauvais running-gag. Et dresser un tel personnage en "héros" que l'amour guérit de sa folie n'est rien moins que dangereux.

    On ne change pas personnes dangereuses et/ou malsaines uniquement en les aimant très fort.

    La banalisation du viol/des agressions sexuelles. Les tentatives de viol interviennent plusieurs fois dans l'histoire, une fois avec José (sans raison particulière, l'alcool étant un prétexte pour tenter de l'expliquer), avec Jack Hyde et... Avec Christian. Avant que les fans ne se récrient, je vous demande de vous repasser exactement la scène où  il dépasse les bornes, lorsque malgré ses supplications, il refuse de s'arrêter et qu'il utilise le sexe pour se "venger" et passer sa colère, le moment où elle utilise le mot d'alerte. Ça les enfants, c'est un viol. Le message est extrêmement dérangeant, parce que si dans les cas de José et Hyde, les tentatives d'agressions sont montrées comme criminelles, celle de Christian est étonnamment vite pardonnée... Et ne devrait pas.

    En quoi cette histoire est-elle malsaine et même dangereuse?

    Parce qu'elle déguise en romance un vulgaire harcèlement (je le répète, le stalking, le flicage permanente et omniprésent, les cadeaux extravagants en vue d'acheter la personne et les menaces ne sont pas DES COMPORTEMENTS NORMAUX et ne sont pas excusables parce "c'est une histoire d'amûûûr". Il n'y a aucun amour dans le fait de vouloir contrôler la vie d'une femme vaguement entrevue une fois dans le cadre d'une interview. Il n'y a aucune excuse non plus.) et laisse sous-entendre qu'il suffit d'aimer très fort une personne manipulatrice, agressive, impulsive, contrôl-freak et imprévisible pour en faire un agneau. Les chiffres de la violence conjugale en témoignent CA NE FONCTIONNE PAS.

    Parce que cette histoire dédiabolise plusieurs crimes: le viol conjugal (qui se voit pardonné très vite au nom de l'amûûûr une fois encore. Nope.) le harcèlement (qui n'a pas l'air de réellement angoisser l'héroïne vu qu'elle cède quand même relativement vite. Aucun problème avec le fait d'être mise sur écoute miss, vraiment...? Juste une petite tape sur les doigts. Sérieusement...?) la manipulation (Grey utilise tous les recours dont il dispose pour pousser Ana à accepter, qu'il s'agisse d'autorité, de menace ou de chantage selon les situations. Il lui met la pression en permanence et a des réactions si violentes que lorsqu'elle lui déclare être enceinte, j'ai vraiment pensé qu'elle allait finir découpée en morceaux dans sa cave. ) la violence morale / physique (dont le sexe punitif, ce qui revient à banaliser le viol)

    Le tout estampillé de la jolie étiquette "romance moderne".

    Puisqu'il faut rabâcher des évidences, ce n'est PAS une "romance". Un homme qui harcèle une femme ne DRAGUE PAS. La drague se construit à deux sur une base où les deux sont consentants et motivés par l'envie de séduire et de plaire. Dès lors que l'un s'imagine des droits sur l'autre, ce n'est plus de l'amour, c'est de la possession!

    Sans moi les amis.

    La clé du succès?

    Le "facile". Le livre se met à la portée du plus grand nombre sans faire dans la subtilité, et ironiquement, sans faire dans la nuance (lolilol non?). C'est le même principe que le succès de l'industrie du porno: les clients ne cherchent pas une grande histoire, ils se foutent que les personnages soient crédibles, ils veulent du sexe et de l'excitation, une vague base de scénario facile et roulez jeunesse. Dans cette mesure, James a bien compris comment ratisser large et a réussi à augmenter encore son public en partant en parallèle sur une romance facile type roman Harlequin.

    A croire que finalement c'est ça, la clé du succès de masse...

    Si on nous formate même les bouquins maintenant...

    A lire aussi l'excellent Live Tweet du Storify de LaSaleGarce "50 Nuances de grosse merde"

    et pour un angle de vue encore différent "50 nuances de gris ou plutôt 50 nuances de merde : réflexion d’un féministe pro-sexe concernant les pratiques S/M"

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Avant de commencer:

    AVERTISSEMENT

    [Critique] Yanis, Déesse de la Mort -Valérie Simon

    Ce billet va contenir des SPOILERS. Si vous continuez votre lecture, ce sera en connaissance de cause!

    L'avis émis sur ce blog est tout à fait personnel et ne se veut pas universel: il se peut donc que vous ne le partagiez pas du tout!

    Avis aux fans: cette critique se veut analytique sur le fond et risque d'être assez sévère. Cela n'est pas supposé invalider votre ressenti autour du livre, simplement détailler le mien et les raisons qui en sont à l'origine.

    *

    *

    *

    *

    *

    *

    *

    *

    *

    *

    *

    *

    *

    *

    [Critique] Yanis, Déesse de la Mort -Valérie Simon

    Résumé (quatrième de couverture)

    Née dans la douleur et dans la mort, fille d’un démon de Rhynantes et d’une Princesse des Elfes, elle est l’héritière de deux races qui se haïssent et qui ne cherchent qu’à se détruire. Élevée dans les mystères d’un culte issu des profondeurs de temps révolus, elle est l’image radieuse de la mort, la réincarnation d’une déesse terrible. Mais son héritage la tourmente. Que lui veulent cet elfe, cet oiseau noir bavard, ce magicien troublant, et quels sont ces pouvoirs qui la hantent et qu’elle n’ose deviner ? De la pierre pâle aux reflets liquides qu’elle porte depuis sa naissance, elle ne sait rien, sinon qu’elle a en elle une étrange chaleur, et qu’elles sont liées par une puissance inconnue. Mais dans la sombre tour de Ragnarok, les forces issues des ténèbres se rassemblent. Et Raban Siwash, l’Innommable, n’aura de cesse de la rejoindre pour la tuer.

    ***

    Si le pitch est somme toute classique, il laisse malgré tout entrevoir à ce stade quelques promesses plutôt attrayantes: en jouant sur l'ambivalence d'un personnage aux ascendances contraires, il y avait de la matière pour créer une intrigue passionnante...

    ... Sauf qu'en fait... Eh bien... Non.

    Inutile d'espérer quelque chose de nouveau, d'original ou de pertinent, Yanis, déesse de la Mort fait dans le classique (pour ne pas dire dans le cliché) sans s'approprier réellement la moindre innovation. Alors on pourra me dire que quand l'histoire est bonne, on pardonne quelques petits défauts. L'ennui c'est que l'histoire est au mieux assez commune, et qu'à ce niveau, il ne s'agit plus de "petits défauts".

    Et ce n'est pas tout: le problème majeur de ce livre c'est L’INCOHÉRENCE.

    Les quatre-vingt premières pages ne sont pas consacrées au personnage principal (déjà). Certes, certains auteurs prennent le temps de poser leur contexte. Sauf que sur un livre de 300 pages au déroulement lent, un tiers du volume pour poser le contexte c'est LONG.

    Surtout sachant que cette introduction à l'histoire aurait tout à fait pu être résumée en un chapitre.
    D'autant plus lorsque l'on réalise que la romance entre les parents de l'héroïne apporte au final une incidence assez minime sur l'histoire de cette dernière (au moins dans ce volume). Nous parlons donc d'environ un tiers de hors sujet.

    L'histoire commence donc avec la TRÈS BELLE (c'est important je suppose puisque c'est répété presque à chaque évocation du personnageprincesse elfe Rosendaël âgée de 15 ans, qui s'admire dans un point d'eau et se trouve belle. Le Prince Démon Laocoon la surprend, en tombe amoureux, elle le regarde et l'aime sur le champ. Démons et elfes sont en guerre (même s'ils ne se tapent pas activement dessus au final) depuis des siècles, et cet amour naissant est donc interdit (coucou Roméo et Juliette! Sauf que n'est pas Shakespeare qui veut...). De leur union doit naître un enfant qui accomplira une prophétie, mais ils ne le savent pas encore. Évidemment, ça se passe mal (comment pouvait-il en aller autrement?) et nos deux amants (qui ont consommé deux jours après leur première rencontre, on a dit que c'était du rapide) ne coulent pas un amour paisible. Leurs familles respectives tentent de les séparer après que Laocoon ait été gravement blessé par le frère de Rosendaël et que cette dernière soit jugée pour trahison par les Elfes.

    Des mois s'écoulent (ce sont des rapides, mais pas pour ce qui est de s'enfuir), les deux amants parviennent à prendre la fuite ensemble, (par la porte... ne pas rire. Ne pas rire...)  mais Rosendaël tombe très malade après une poursuite dans la tempête (un orage. Une froide journée d'automne. Oui oui. La-météo-c'est-magique.) et meurt en mettant sa fille au monde, celle qui s'appellera Yanis alias Tahnee Sharn alias Morwen.

    Voici le résumé des 80 premières pages (sur 300 on rappelle). On rembobine:

    La romance Rosendaël-Laocoon m'a laissée rêveuse face à tant de... vide. Je n'ai pas réussi à croire une minute à l'amour entre ces deux êtres qui, à part se dévorer des yeux en se trouvant mutuellement beaux n'ont RIEN échangé du tout, n'ont eut que quelques mois à peine pour se découvrir (et admettent qu'ils ne savent rien l'un de l'autre), et pourtant seraient prêts à mourir l'un pour l'autre. L'histoire d'amour est posée trop vite et sans réel développement en profondeur, mais les péripéties qu'elle traverse créent des longueurs inutiles, car au final, tout se déroule sans aucune logique, les événements s'enchaînent rapidement et de manière incohérente. Lorsque Rosendaël comparaît devant les siens pour expliquer pourquoi elle frayait avec un démon, après l'insistance du narrateur pour expliquer qu'inquiète, elle a caché sa grossesse aux yeux des siens, elle jette à la figure de son père être enceinte, au mépris des conséquences. Rosendaël étant présenté comme un personnage intelligent et sage (moui... mais non.).

    [Critique] Yanis, Déesse de la Mort -Valérie Simon

    Et côté cohérence, le récit fait des victimes:

    Lorsque Laocoon blessé est ramené à sa famille, les démons y épuisant leur science font appel à un mage humain pour le sauver. Alors que l'auteure avait tant insisté sur l'infériorité des Mortels qui ne disposaient pas de la puissance, de la sagesse et du savoir des Immortels.

    Ces deux races Immortelles qui d'ailleurs ne le sont que de nom car elles sont particulièrement confrontées à la mort... On ne peut même pas dire que leurs races ne vieillissent pas étant donné que leurs peuples comptent des vieillards ridés. En quoi consiste donc leur immortalité exactement...?

    [Critique] Yanis, Déesse de la Mort -Valérie Simon(Bon, si on voulait pinailler on pourrait pousser encore plus loin le raisonnement: que dire de deux races immortelles capables malgré tout d'engendrer des enfants...? Ne va t-il pas, à terme y avoir un problème de surpopulation...?)

    Lorsque les amants en fuite, traqués par les elfes cherchent un abri, Laocoon ne trouve rien de plus intelligent que de ramener Rosendaël chez les siens. Oubliant manifestement l'hostilité séculaire entre les deux peuples (petit détail pourtant utile). Et s'étonne de se faire chasser avec sa bien-aimée...

    Et ces exemples ont été pris au hasard, il y aurait des FOURGONS d'incohérences à relever et à souligner, mais ce billet ne serait jamais assez long pour tout narrer, passons à la suite...

    Rosendaël meurt en couche dans un soupir après une agonie de plus de quatre pages où elle n'en finit pas de détailler les noms qu'elle veut donner à son enfant et leur sens profond, ainsi que ses souvenirs d'enfance (authentique...). Laocoon seul avec l'enfant la déteste tout d'abord, mais ayant promis à Rosendaël de ne pas tuer le nouveau-né... ne le tue pas. Bon début de relation père-fille.

    Il finit par s'y attacher presque aussi vite qu'il est tombé amoureux de la mère et décide... de s'en séparer. Logique.

    Il la remet donc à une prêtresse qui passait opportunément par là (c'est pratique... sachant que ladite prêtresse fait sa tournée de recrutement une fois par an...) en prétendant que l'enfant est la réincarnation de la déesse de la Mort... (on a dit que c'était pratique!)

    La suite de l'histoire se passe donc du point de vue de Yanis dans sa peau de déesse.

    Et les incohérences s'amoncellent tant et plus.

     

    ***

    S'il est vrai que la fantasy est un genre qui permet de prendre quelques libertés avec le réalisme en intégrant de nouvelles règles et de nouvelles possibilités, les meilleurs histoires restent celles auxquelles on peut croire un minimum (sans Ta Gueule C'est Magique abusifs ). La Fantasy obéit à ses propres règles. Un univers n'a pas besoin d'être réaliste pour être cohérent, mais il a besoin d'être cohérent pour être crédible.

    "Fantasy"/"Fantastique" n'est pas une caution à faire n'importe quoi. Et lorsque la cohérence est bradée au profit de quelques images poétiques... c'est un gâchis.

    Dans le cas de cette histoire, les réactions des différents personnages ne sont pas crédibles, souvent farfelues et complètement hors contexte, le pendant manichéen est particulièrement prononcé, et les clichés s'amoncellent... Et ça c'est très dommage. La fantasy classique ayant déjà développé les idées les plus courantes, les reprendre une fois de plus sans les retravailler un minimum ou s'affranchir des lieux-commun laisse un arrière-goût de lassitude. Il manque à cette histoire le souffle d'originalité qui aurait pu lui permettre d'offrir quelque chose de nouveau au genre.

    Les points que j'ai trouvé tout particulièrement énervants:

    *Le coup de la prophétie: lors du jugement de Rosendaël, un vieil elfe nommé Lahon sort une prophétie venue du fond des âges mettant en scène un enfant mi-elfe mi-démon destiné à contrôler la pierre d'Arkem et sauver le monde de l'Innommable, le grand méchant de l'histoire. C'est gratuit. (Les prophéties c'est toujours üper pratique pour éviter de justifier un événement par le contexte... mais à force, ça lasse un peu)

    Déjà, PERSONNE ne l'écoute, pas même Rosendaël qui aurait pourtant tout intérêt (les elfes, un peuple intelligent et sage, vous êtes sûrs?). Sanyn finit par se laisser convaincre en fin de réunion, mais le garde bien pour lui et n'aide pas beaucoup sa sœur qui est malmenée par les siens. Lesquels décident quasi unanimement de tuer l'enfant à la naissance après avoir envisagé de la faire avorter (sagesse? amour? intelligence? compréhension? amis de la logique, au revoir). Ah oui, il est dit pour expliquer ce raisonnement obtus que les elfes sont orgueilleux. Oui, mais quand l'orgueil parle plus fort que l'intelligence, on ne peut plus parler de sagesse. Désolée.

    Ensuite, comment se fait-il qu'avec une prophétie aussi importante (la fin du monde, tout ça...) les elfes et les démons n'aient pas, pour le bien commun consenti une trêve (entre peuples supposés supérieurement intelligents, le bien commun ça peut être important), et que cette fameuse prophétie soit tombée dans l'oubli? La cohérence...

    * Le personnage de Yanis donne plus une sensation d'instabilité que de tourment lié à son statut. Au final, là encore, la caricature ne la rend pas attachante. Elle évoque la pitié pour la triste vie qu'elle mène au temple, sans réellement éveiller la sympathie par manque de profondeur. Elle évolue sur deux trames: sa condition de déesse vivante et ses doutes par rapport à son statut. Et... c'est tout. D'un point de vue psychologique, elle change d'humeur tellement vite et sans raison particulière qu'elle donne la sensation de souffrir d'un trouble de la personnalité. Détail moins anodin qu'il n'y paraît, elle a assez peu de volonté propre et suit beaucoup l'influence des autres (celle d'Ancilla, celle de Kéo, même quand elle tente de s'affranchir de l'un ou de l'autre).

    En dehors de sa beauté époustouflante (et il y a une grosse surenchère sur ce point entre son enfance et son adolescence), elle a peu pour elle. Enfin si: elle a des pouvoirs inexpliqués, se rappelle du jour de sa naissance et d'événements qu'elle n'a pas vécu pour ne rien arranger au gros sentiment godlike qu'elle évoquait déjà... Et non, ça ne la rend pas plus sympathique. On passera sur le fait que l'auteure la décrit comme une enfant qui ne rit jamais pour la faire glousser quelques pages plus loin, là encore, le problème est toujours le même: cohérence.

    Bref, Yanis est une Mary-Sue.

    [Critique] Yanis, Déesse de la Mort -Valérie Simon

    * Les actions des personnages sont bourrées de non-sens (et n'aboutissent pas forcément sur des conséquences logiques en terme de causalité) et apportent plus de problèmes que de solutions: pourquoi Laocoon attend t-il les 6 ans de sa fille pour aller la voir? Pourquoi ne la remmène t-il pas avec lui? Pourquoi Sanyn essaie t-il de reprendre publiquement Yanis en plein milieu d'une cérémonie plutôt que discrètement, hors des regards d'éventuels témoins? Pourquoi Rosendaël meurt-elle alors qu'elle est immortelle? Pourquoi Laocoon confie t-il sa fille à des Mortels, un temple barbare qui plus est (en espérant naïvement qu'elle "grandira sereinement"...? Il est intelligent, vous êtes sûrs?). D'une manière générale, la narration décrit les personnages principaux avec des caractéristiques qu'ils n'appliquent pas (intelligence, sagesse....)

    Si on doit continuer dans les questions: Pourquoi Ancilla change t-elle constamment d'avis sur Yanis au sujet de sa divinité (elle y croit un coup sur deux, pense avoir construit une déesse, mais semble persuadée par moment que Yanis est réellement divine... Sans trancher clairement la question)? Pourquoi Yanis obéit-elle à Ancilla? Pourquoi Yanis redoute t-elle les fidèles du temple qui pourtant croient aveuglément en elle? Pourquoi, alors qu'elle est investie d'une charge et d'un pouvoir aussi grand n'en fait-elle jamais usage lorsque cela pourrait faire une différence notable (pas pour de menus détails)? Pourquoi et comment Maelduin, désigné comme un endroit désertique, (sans eau douce) et choisi pour cela par le fondateur du culte abrite t-il un luxuriant jardin? Pourquoi la magie humaine qui a sauvé Laocoon est tenue en respect par la magie de Yanis ? Pourquoi Kéo, mage confirmé s'est-il fait prendre comme un débutant par cette dernière? Pourquoi la console t-il après qu'elle ait tenté de le tuer? (on retiendra pour toute réaction à cette tentative de meurtre qu'il avait envie d'elle). Sachant qu'Ahnais (qui ressemble BEAUCOUP à l'Anneau Unique) est un artefact maléfique qui exerce une dépendance à qui la possède, pourquoi Laocoon l'offre t-il à sa fille de six ans sans un mot pour l'avertir de ce qui l'attend (alors qu'il a l'air d'être au courant...?)?

    Des "pourquoi" du même genre, j'en ai eu à presque toutes les pages, je passerai donc sur les autres.

    * Le personnage de Kéo Seaghan, apprenti mage qui aide à sauver Laocoon a tatoué sur le front "FUTUR AMANT DE YANIS" dès sa première apparition dans le récit (alors qu'il a dix ans et qu'elle n'est pas encore née...)... Bon, UN PEU de romance dans une histoire, c'est sympa (on a bien dit UN PEU), bien mené c'est même très agréable. Mais quand on voit venir la corde à deux cent kilomètres... Même si la relation n'est pas posée à la fin du bouquin, pas besoin d'être grand clerc pour se douter de la suite...

    *Les personnages principaux sont TOUS beaux, mais beaux à en mourir (à part Ancilla qui "a de l'allure" et c'est déjà pas mal). Oui c'est un détail, mais ce n'est pas si innocent que ça en a l'air. En général, le lecteur intègre assez bien l'idée de la beauté à la première évocation, à la limite, une deuxième plus loin dans l'intrigue renforce un peu le ressenti...

    Mais se voir répété à toutes les pages, plusieurs fois par page que Rosendaël, Yanis, Laocoon etc sont beaux à s'en pâmer finit par devenir plutôt agaçant, pour ne pas dire assez risible. Il est impossible de prendre au sérieux un personnage à ce point exagéré.

    Et au final, cela ne laisse que très peu de place pour les autres qualités des personnages (quand ils en ont) qui apparaissent donc comme superficiels et énervants. Il est très difficile de s'attacher à une caricature. Cela finit par donner à l'histoire un arrière-goût naïf et vaguement niais qui ne va pas pour servir les intérêts de l'intrigue.
    Et non, définitivement NON, "sensuel" n'est pas un adjectif approprié pour décrire le physique d'un enfant! (Alors on me dira à juste titre que sensuel n'induit pas obligatoirement "sexuel", mais c'est malgré tout un terme très connoté)

    [Critique] Yanis, Déesse de la Mort -Valérie Simon

    * Celui/ celle qui a rédigé la quatrième de couverture n'a visiblement pas lu le livre. S'il s'agit de l'auteure, il y a un GROS manqué dans le résumé au niveau de la pierre Anhais que Yanis est supposée avoir depuis sa naissance (version résumée) et qu'elle obtient à six ans dans l'histoire. C'est dommage de laisser passer des choses comme ça: ce serait sans doutes passé inaperçu s'il s'agissait de la seule incohérence de l'histoire. Malheureusement ce n'est pas le cas, et ça confine au minimum à la négligence.

    * L'histoire, malgré ses 300 pages est incroyablement LENTE. Une bonne partie des extraits développés sont des "zones blanches", des moments de l'intrigue où il se passe peu de choses, ou qui pourraient être traités plus efficacement (la romance des parents de Yanis, son enfance au temple etc). A contrario, les scènes qui permettraient de faire avancer l'action sont souvent peu mises en avant ou gagneraient à l'être plus. Ce choix donne en définitif le sentiment qu'il se passe assez peu de choses dans l'intrigue, parce que le focus n'est pas porté sur les événements les plus emblématiques.

    * Le style de l'auteure est lourd. Je sais pour avoir vu d'autres critiques que beaucoup le trouvent poétique. Les phrases sont trop chargées, certaines métaphores sont inutiles et/ ou maladroites, d'autres apportent des digressions gratuites, certains termes sont utilisés à contresens, et la poésie des elfes (comme leur beauté) finit par épuiser à haute dose...

    Dans un texte, les métaphores et autres comparaisons, ainsi que les jolis mots qui sonnent bien sont comme les épices dans un plat raffiné: c'est la dose et le doigté qui feront la différence entre un chef d’œuvre culinaire et le plus court chemin vers une indigestion.

    *Détail amusant: lorsque Rosendaël rencontre Laocoon au début de l'histoire, elle a quinze ans. Elle est qualifiée de "jeune Elfe", mais considérée dans le texte comme une adulte. Lorsque Yanis arrive à l'âge de seize ans à la fin du récit, elle est qualifiée d'adolescente. Y a t-il quelque chose pour justifier qu'elles ne vieillissent pas au même rythme...?

    * [Point bonus] Celui-ci ne traite pas directement du livre lui-même mais d'une critique croisée sur le web disant que l'histoire est féministe car le personnage principal est une femme:

    [Critique] Yanis, Déesse de la Mort -Valérie Simon

    Alors une petite précision utile pour celleux qui ne savent pas: ce n'est pas parce que c'est écrit par une femme/ que ça met en scène une femme que c'est féministe. Il y a un phénomène qui s'appelle le sexisme intégré, qui s'illustre par des femmes relayant/perpétuant des idées et discours misogynes / machistes / inégalitaires sans se poser de question.

    J'ai rarement vu une femme moins féministe que Yanis dans sa présentation: elle représente à elle toute seule tous les clichés véhiculés sur les femmes: ramenée en permanence à son apparence et au statut d'objet de désir et de concupiscence comme si c'était une fatalité inhérente à sa nature féminine (belle, gracieuse, sensuelle à en donner des idées incestueuses à sa tutrice), elle est BELLE évidemment, c'est sa principale qualité (c'est dur de l'oublier, je vous jure...), elle est fragile, très consciente de son charme, émotive (mais pas trop), faible, délicate, souvent passive (une supposée déesse qui endure BEAUCOUP sans rien dire). Et les autres personnages féminins ne sont guère mieux travaillés (que dire de Rosendaël qui s'évanouit pour un oui ou pour un non dès que son petit cœur de femme ne supporte plus la réalité...). Même Ancilla caricature le cliché de la "virago", bisexuelle de surcroît et raillée pour ce fait. Quant aux hommes de l'histoire, ils exsudent une virilité tellement exagérée qu'elle fait plus rire qu'elle ne donne envie. (On a même droit au point "#lachairestfaible" à la fin de l'histoire lorsque Kéo explique à Yanis qui vient d'échapper à une tentative de viol qu'elle va susciter l'émoi des hommes à cause de sa beauté, et que parfois, c'est plus fort qu'eux, leurs pulsions dominent. Nope#cultureduviol #victimblaming)

    Si on vise délibérément une histoire féministe/ un personnage féministe, même sans écrire quelque chose d'ouvertement militant, même en respectant le genre med-fan (qui n'est pas une excuse lui non plus à faire n'importe quoi) on évite les stéréotypes de genre, les idées reçues, les discours non déconstruits. Ou alors on les place en position de faiblesse pour mieux les briser dans le récit, ce qui n'est pas le cas dans ce premier volume.

    Loin d'être féministe, cette histoire collectionne presque tous les clichés sexistes véhiculés par la société et se vautre dedans sans remise en question.

    On passera sur le fait qu'il y a au moins deux tournures chargées de sous-entendus homophobes (notamment au sujet d'Ancilla, bisexuelle à qui Kéo Seaghan balance "quand vous faites l'amour, c'est vous qui faites l'homme"... Nope.)

    Bref, une déception pour un synopsis qui pourtant s'annonçait plutôt bien...

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique