• [Billet de lecture][Dystopie] La Servante Ecarlate

    La Servante Écarlate de Margaret Atwood

    [Billet de lecture][Dystopie] La Servante Ecarlate

    Résumé quatrième de couverture: Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.

    *Une dystopie glaçante de réalisme:

    Autant le dire: la force de ce roman, et l'horreur de ce qu'il dépeint réside dans son haut degré de réalisme: la dictature de Gilead qui s'installe tout doucement, sans avoir l'air de rien dans une société en crise où personne ne se méfie, la radicalisation religieuse qui s'engouffre dans la brèche et prive les femmes de tous leurs droits en commençant par brider leur autonomie, même la baisse de fécondité fait partie des variables envisageables pour l'avenir. Et le futur qu'Atwood nous présente a de quoi faire frémir: dans une théocratie où les femmes encore fécondes sont devenues rares, les quelques malheureuses qui peuvent encore procréer se retrouve reléguées au rang d'esclaves sexuelles destinées à être les génitrices des enfants des Commandants et de leurs épouses.

    A travers les yeux de Defred, nous suivons le quotidien sans espoir ni liberté des Servantes, où une parole de trop, un regard trop appuyé, une mauvaise rencontre, un acte jugé subversif ou d'impiété caractérisé peut faire basculer leur vie déjà précaire dans un enfer beaucoup plus grand.

    Gilead, ce sont des familles éclatées, des femmes brisées, des hommes tout puissants répartis en une hiérarchie sans concession et sans pitié où celui qui ne tient pas sa place est exécuté. Tandis que les hommes peuvent éventuellement espérer une ascension sociale, les femmes sont réparties en castes bien délimitées et cloisonnées: les Servantes, les Marthas qui officient comme domestiques, et les Épouses, statut ultime de la pyramide, qui pourtant n'offre que bien peu de libertés.

     

     

    * Des messages puissants:

    Il n'est pas surprenant de constater que ce roman est un classique des littératures féministes par les thèmes qu'il aborde et les messages qu'il diffuse. En filigrane, Atwood avertit sur la fragilité de nos droits en société, et tout particulièrement en ce qui concerne les droits des femmes, rapidement balayés dans cette dictature religieuse. Une lecture d'intérêt publique qui devrait être ajoutée au programme littéraire des lycées.

     

    * Des personnages humains

    La narration interne nous plonge dans les pensées de Defred face à sa servitude, et Atwood nous présente avec finesse un portrait de femme très humain dans ses forces et ses faiblesses, une femme qui tente de survivre et de raccrocher à un but en dépit de ses chances presque inexistantes d'y parvenir. Le traitement du quotidien de Defred, par sa lenteur et sa répétition laisse toute la place au développement de son évolution intérieure. Le personnage est touchant dans ses angoisses, ses peurs assumées, ses rêves et sa nostalgie. Elle dépeint avec mélancolie le monde d'avant auquel elle essaie de ne plus trop songer, sans parvenir à oublier sa famille, et l'espoir secret qu'elle nourrit encore de la retrouver.

    Serena Joy, l’Épouse du Commandant de la demeure où sert Defred est également un personnage intéressant et contrasté. L'autrice a su créer avec beaucoup de justesse la relation complexe entre ces deux femmes, l'Epouse désirant l'enfant que Defred peut engendrer, mais craignant de perdre sa place au profit de cette femme plus jeune, Defred et son ressentiment plus que justifiée pour sa geôlière.

    Rita et Cora: Dans la série, les deux personnages ont été rassemblés en un seul, il s'agit des Marthas de la résidence du Commandant. Si Rita affiche un mépris hostile envers Defred qu'elle considère plus ou moins comme une prostituée, Cora lui voue une sympathie discrète et base beaucoup d'espoirs dans les chances de voir naître un enfant.

    Nick: Chauffeur du Commandant, il entretient avec Defred une relation ambiguë qui renforce la sensation que l'héroïne ne peut se fier à personne.

    Le Commandant: L'histoire le présente de manière très intéressante dans la mesure où le point de vue de Defred sur lui évolue à mesure que ses relations avec lui changent. Bien que le contrôle qu'il exerce sur elle soit odieux, le personnage se révèle un homme tristement ordinaire, un homme "comme tout le monde", qui a simplement eu la chance d'être investi d'assez de pouvoir pour se hisser au sommet, ce qui renforce encore l'aspect horrible de ses actions.

    * Une société ritualisée où le contrôle est omniprésent

    On croit à la domination de Gilead, parce que rien n'a été laissé au hasard. Entre les Yeux qui espionnent, les Anges qui contrôlent à la menace des armes, les Gardiens qui servent de milice privée, et l'interdiction de la lecture et de l'écriture, et les ailes encadrant le visage des Servantes, destinées à les dissimuler, tous les faits et gestes des personnages sont scrutés à la loupe, jusque dans leurs plus subtiles expressions, et tout est contrôlés. Le moindre soupçon de rébellion est sanctionné par les Colonies, des camps de travail où l'espérance de vie n'est que de quelques mois, ou, dans les cas les plus graves, par l'exécution. Une partie des exécutés sont exposés sur le Mur de la ville, avec l'illustration de leur crime. On apprend que les médecins ayant pratiqué l'avortement par le passé sont traqués pour y être exposés.

    * Une plume riche et efficace

    Atwood (et/ou sa traductrice qui a fait un travail formidable) a une plume remarquable qui donne vie à son univers sans lourdeur, tout en développant un visuel très riche, et une foule d'impressions. Nous plongeons littéralement dans l'esprit de Defred pour partager avec elle cette routine à la fois désespérée, terrible et bridée, ainsi que ses sentiments face à la prison dans laquelle elle se trouve. Le texte s'agrémente d'un vocabulaire très recherché et d'un style soutenu très agréable à lire, qui arrive à développer son sujet sans se perdre en digressions et en longueurs.

     

     Verdict: Un coup de cœur! * * * * *

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :