• [blablabla]Dix ans après, je t'ai survécu

    Un petit billet pour faire le bilan d'une situation qui aurait pu mal finir.

    C'était il y a dix ans, avec ce garçon beau, charismatique, ténébreux, et en détresse. Un ami entré dans ma vie par un concours de circonstances, et qui avait besoin d'une main tendue. Du moins le croyais-je à l'époque. En vérité, aujourd'hui je ne sais plus.

    Ce n'a été l'affaire que de quelques mois de colocation, qui n'auraient pas dû avoir d'impact dans un contexte normal. Ce n'était pas un contexte normal. Il y avait dès le départ cette ambiguité entretenue de sa part qui disait "tu me plais, je te désire, mais je regarde ailleurs". Et moi, fragile, en voie de guérison d'une sévère dépression et pour mon malheur amoureuse de lui, je voulais croire qu'il finirait par me voir...

    Et par être capable de m'attendre.

    Parce que je ne savais pas qui j'avais face à moi.

    Ce ne fut que l'affaire de quelques mois, mais qui m'ont laissée exsangue une fois l'histoire arrivée à sa fin. Une relation malsaine s'était installée, il jouait sur le paradoxe "tu m'attires, mais tu ne vaux pas les autres filles". Il cultivait une cour d'admiratrices classée hiérarchiquement à celles qui l'adoreraient le plus et lui seraient le plus dévouées, à celles qui étaient les plus séduisantes. Et moi, vilain petit canard qui n'était pas devenu un cygne du haut de mes vingt ans, j'étais loin de la tête de liste...

    Et plus je multipliais les efforts dans l'espoir de lui plaire, moins il daignait poser les yeux sur moi. Ses réactions étaient alors de l'ordre de "Oui, c'est pas mal. Aaah, Untelle est tellement sexy! Unetelleautre est tellement classe! Regardes Untelletierce est vraiment adorable, elle m'a encore dédié un article/une publication!" etc.

    J'étais l'éternelle invisible, pourtant à ses pieds dans le but d'être simplement remarquée.

    Il y avait aussi ce tacite chantage sexuel qui disait "si tu m'aimes -et je sais que c'est le cas!- tu dois céder". Je n'étais pas prête et aujourd'hui je ne peux que m'en féliciter, d'avoir pu m'épargner ces blessures supplémentaires. Il y avait ce tacite chantage moral qui disait "si tu m'aimes, tu dois prendre soin de moi", et qui m'avait valu de sauter sur le premier boulot venu pour nous entretenir tous les deux. Il ne cachait pas son indifférence au travail, passant la journée à sonder ses admiratrices. Et comme les revenus étaient faibles, c'est mon épargne qui a amorti notre train de vie.

    Il y avait dans cette relation malsaine de l'amour -de ma part-, de la colère aussi, de la rancune, du désespoir, et énormément de douleur. Qu'y avait-il de sa part? Certainement le désir de me posséder, seul privilège qu'il n'a jamais eut. Il jouait sur l'espoir entretenu qu'un jour peut-être serais-je digne de lui, sans pour autant donner plus qu'un vague intérêt, celui que l'on accorde à une option de rechange ou de secours. Il voulait me garder, sans devoir s'investir un minimum, ni renoncer aux charmes de toutes les autres. C'était à moi de m'adapter. Et si je l'aimais, je devais en être capable.

    Il cultivait par ailleurs un culte de lui-même, ne doutant pas un instant de sa valeur, notamment comme musicien et comme artiste. Sa signature: le look ténébreux. Et il était si brillant qu'il ne pouvait s'enchaîner à une femme, quand tant d'autres ne demandaient qu'à toucher du doigt son immense charisme! Était-ce une façade ou bien sa personnalité derrière le masque, je ne sais. Mais je me souviens qu'il ne pouvait se sentir exister sans cultiver ce prestige de lui-même.

    ***

    Lorsqu'il a comprit qu'il avait prit tout ce qu'il pourrait prendre, que l'argent commençait à manquer, il m'a avoué ses sentiments: "je t'aime" m'avait-il dit sans fioritures. Et il est parti quelques jours plus tard, pour une autre fille avec qui il s'est mit en couple dans la foulée, me laissant sans le sou, trahie, blessée, vide.

    La raison aurait dû me dicter d'arrêter cette relation à ce moment-là, mais j'étais sous emprise, sous SON emprise. Je me détestais, je ne valais rien hors son regard, et pas grand-chose à travers celui-ci. Cela a duré quelques années, d'une vertigineuse dégringolade entre haine et mépris de soi, entre dégoût et espoir fou qu'il ne change d'avis et qu'il revienne -contre tout ce que le bon sens pouvait me souffler-. La relation besoin/espoir(de ma part) /indifférence (de la sienne) s'est perpétuée à distance, le mettant lui sur un piédestal, en me rabaissant, moi au plus bas niveau.

    Et un jour, son comportement m'a poussée dans les bras de quelqu'un d'autre, de quelqu'un de dangereux... Et quelque chose de vital s'est brisé. La chute s'est terminée dans la peur, la colère, la désorientation et le plus parfait rejet de tout ce que je pouvais être.

    Cette dernière mésaventure remonte à six ans, le début de ce calvaire à dix ans. Et il y a quatre ans, grâce à mon compagnon de l'époque, j'ai réussi à mettre un terme à cette relation toxique. Il savait toute l'histoire, mais pour celui qui m'empoisonnait depuis des années, pas question de me laisser partir sans me salir une dernière fois!

    Je crois avoir encore les mails qu'il a envoyé à mon compagnon, où les rôles se renversaient curieusement, où j'étais celle qui avait abusé financièrement de sa présence, celle qui était instable, celle dont il fallait se méfier, où il n'était qu'une victime de ma cupidité. Un dernier coup porté à une estime de soi fragile. Mon compagnon en a ri, m'a regardé, et confié qu'il n'y avait qu'à moi qu'il ferait confiance dans cette histoire.

    Mais les blessures qui ont découlé de ce vampirisme moral étaient de celles que l'on ne voit pas, un poison lent qui instille le doute, fragilise une personnalité en l'ébranlant dans ses fondations. Comment être soi-même quand on s'est si longtemps méprisée à travers le regard de quelqu'un d'autre?

    Un jour, sur conseil de proches, je me suis intéressée au profil psychologique du narcissique pervers. A partir de là, beaucoup de choses ont prit un sens nouveau: non, ce n'était pas moi qui était si minable, si quelconque, si méprisable...

    Pendant quelques années, j'ai vécu avec le fantôme de ce garçon dans chacun de mes bonheurs que je vivais comme une revanche. Mon esprit lui adressait des lettres mentales. "Tu vois, c'est moi qui gagne! Je ne suis pas si merdique que ça en fin de compte!"

    Pendant des années, je lui en ai voulu d'une manière douloureuse. Pendant des années, il restait présent dans les idées qu'il m'avait implantées sur moi-même, que je n'étais pas belle, tout au mieux quelconque, que je ne pouvais pas exister hors son regard.

    Et j'ai commencé à penser de moins en moins souvent à lui. Jusqu'à l'oublier, ou presque. Les souvenirs étaient toujours là, mais plus le spectre de son jugement. Je pouvais croiser un miroir sans détester ce que je voyais.

    Et là, j'ai recommencé à vivre.

    Je ne suis peut-être pas une beauté, mais bon sang, je me sens VIVANTE! Je suis moi, et libre, j'ai retrouvé mes forces, vis entourée de gens géniaux qui m'acceptent pour qui je suis, et je poursuis un but, vis ma vie.

    Je suis forte, et je ne suis plus sous ton emprise. J'arrive à voir toute cette histoire sans en souffrir à présent, la blessure a cicatrisé.

    J'arrive à me moquer de savoir ce que tu es devenu, en bien ou en mal, à vivre pour moi, à aimer la vie, à m'aimer un peu. Et Dame, qu'est-ce que ça fait du bien!

    Si nos chemins se croisaient demain, je crois que je t'aurais pardonné. Non pour toi, mais pour moi, pour avoir pu passer à autre chose. Je t'aurais pardonné, mais tu n'as pour autant plus de place dans ma vie, car je n'accepte plus les relations toxiques, et je doute que tu sois capable d'autre chose.

    Ce que j'ai appris de cette histoire, c'est que je n'appartiens à personne. Et qu'on est soi-même à travers ses propres yeux.

    Farewell

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