• [blablabla] Lettre à un internaute de passage

    Cher toi, que je connais peut-être, ou pas,

    Après le drame qui a ôté la vie à plein de pauvres gens sortis s'amuser vendredi soir à Paris, j'avais envie de réagir. Mais c'est bizarre, j'étais étourdie, engourdie, tu sais, cette sensation de torpeur que l'on peut avoir après un choc, ce silence assourdissant et cotonneux qui ne laisse entendre que le sifflement d'une acouphène après une déflagration.

    Les mots que je voulais vraiment exprimer ne venaient pas. Il n'y avait au fond de moi que ce grand vide froid, cette tristesse infinie pour ces malheureuses victimes, qui avaient des histoires, des familles, des gens pour les attendre.

    Bien sûr, il y avait eut avant cela la terrible inquiétude pour mes amis et copains de Paris, cette frénésie qui poussait tant de gens à scruter les réseaux sociaux en quête d'un signe, d'un mot, qui poussait à rester pendu à son téléphone en espérant des réponses aux SMS.

    Chance, tous mes contacts vont bien, aucun n'a été directement touché par le drame.

    Pourtant la sensation de deuil, de perte, de chagrin est toujours là, elle me suit, me hante, me ronge. Et j'ai honte.

    Moi je suis en vie et je vais bien. Je n'ai pas le droit de me lamenter.

    Parce qu'on se l'est tous dit, peut-être toi aussi d'ailleurs: ces gens, ça aurait pu être ton père, ton amie, ta sœur, ton cousin. Ça aurait pu être toi. Et quelque part en France, il y a des pères, des amis, des sœurs et des cousins qui pleurent.

    Tu vois, je n'ai pas d'enfants. Ce n'est pas que je n'en veuille pas, d'autant plus que l'homme qui partage ma vie serait le père idéal et qu'il a ce désir. Mais moi, j'hésite. Égoïstement, je voudrais en avoir. Mais quand je me demande quel monde, quel pays je vais lui léguer, quel avenir il aura, j'ai peur.

    Donc en attendant, et pour que l'avenir soit moins inquiétant, j'ai décidé de me battre avec mes propres armes.

    Tu ne me verras jamais avec un couteau, une arme à feu ou une grenade. Mes armes à moi sont les mots, les idées, la réflexion, la discussion, l'ouverture au débat.

    Peut-être que tu me diras que face à un fusil d'assaut, ça ne sert à rien. Et tu auras sans doutes raison.

    Mais quand les fusils se répondent, il n'y a pas de gagnants. S'il est important de savoir rester prudent et de mettre sa vie à l'abri autant que possible, vouloir faire mal parce que l'on a eu mal n'a jamais résolu aucun conflit.

    Je revois ce petit garçon filmé par le cameraman du Petit Journal demandant à son père si les fleurs et les bougies nous protégeront des méchants.

    J'aimerais lui assurer que oui.

    Mais je pense que c'est à nous de nous protéger, en étant unis, en prenant soin les uns des autres, en restant qui nous sommes: un peuple libre qui aime rire, s'amuser et profiter de la vie.

    C'est à nous de répondre à cette violence, à ce rejet, à cette haine en étant plus malins et plus forts que le piège qu'ils nous tendent: nul n'est responsable ni coupable en dehors des fanatiques qui ont commandité et accompli ces attentats.

    J'ai beau n'être d'aucune religion et ne pas en vouloir, je refuse de condamner tout un culte pour les méfaits d'une bande de dingues qui s'en revendiquent.

    Tu vois, je pense que les discours de division du populisme vont finalement dans le sens des objectifs des terroristes: nous faire peur, nous diviser.

    C'est pour cela qu'il ne faut pas les laisser gagner.

    Alors toi de l'autre côté de l'écran, qui que tu sois, quelque soit ton âge, tes passions, toi que je ne connais pas forcément, que je ne connaîtrai peut-être jamais, toi qui ne croiseras sans doutes jamais mon chemin dans la rue: je t'aime.

    Toi qui me lis, je te souhaite une vie heureuse et longue, entouré(e) de qui tu aime.

    Je te souhaite la sagesse et l'altruisme qui ouvrent des portes fantastiques.

    Je te souhaite la joie et la sérénité face au climat de peur ambiante.

    Et, cher internaute qui lis ces lignes, je t'en prie, sois humain. Le drame qui a endeuillé la France vendredi 13 n'est malheureusement qu'un petit aperçu de ce qui se déroule dans le monde chaque jour. Et la solidarité ne doit pas s'arrêter à nos frontières. Nous sommes humains, toutes les vies ont la même valeur.

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  • Commentaires

    1
    nain connu
    Mercredi 25 Novembre 2015 à 23:48

    En voyageant sur le net et en m'arrêtant sur de nombreux blogs, j'ai trouvé le tien. Je le trouve très bien fait :) 

    Je voudrais te dire merci parce que trouver un si joli texte dans le contexte que l'on connait fait un bien fou. C'est une bouffée d'oxygène. A force de voir les gens s'entre déchirer, tes mots sont emprunt d'une belle humanité 

    Je te souhaite à toi aussi tout le bonheur du monde et une longue et heureuse vie.

    Un nain connu de tout le monde et de personne à la fois x)

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