• Correspondants Locaux de Presse, les parents reniés du journalisme

    Aujourd'hui, dans la chronique "l'exploitation légalisée de l'Homme par l'Homme, le sujet des Correspondants Locaux de Presse (CLP). Mais d'abord, un CLP, késako? Voilà ce que vous dira Wikipédia:

    Définition: Dans le cadre de la presse régionale, le correspondant local couvre l'actualité d'une région différente de celle où est située la rédaction du journal. Il rédige ses propres articles qu'il peut illustrer de ses propres photos, et peut également proposer les sujets de son choix.

    Organisation de la profession en France

    En France, « l’activité de correspondant local de presse est exercée à titre accessoire par rapport à une autre activité professionnelle », selon l'Urssaf. Elle est régie par la loi n° 87-39 du 27 janvier 1987, complétée le 27 janvier 1993.

    En pratique, le correspondant local de presse a le statut de travailleur indépendant. Son activité est classée dans les activités professionnelles dites libérales, non réglementées. Il n'appartient donc pas à la même catégorie que le notaire, l'avocat, le géomètre-expert ou le médecin, mais son statut est comparable à celui de l'archéologue, de la cartomancienne ou de l'œnologue.

    Le correspondant de presse n'est pas un journaliste, ni un journaliste pigiste, les journalistes étant des salariés en vertu de l'article L. 7112-1 du code du travail. Il arrive pourtant, bien souvent, que le travail effectué soit globalement le même. La loi prévoit pourtant que les contributions d'un correspondant local de presse soient soumises avant publication à un journaliste professionnel. En tant que contractuel, il n'a pas de lien de subordination avec l'entreprise et n'est ni salarié, ni protégé socialement. Les tribunaux peuvent toutefois, exceptionnellement, requalifier en contrat de travail la relation contractuelle, lorsqu'il est avéré que le correspondant local de presse exerce, dans les faits, les fonctions d'un journaliste et qu'il retire de cette activité l'essentiel de ses revenus.

    Alors qu'un travailleur indépendant propose ses propres tarifs à ses clients, le CLP, lui, touche des honoraires (émoluments versés « à la pige » : article, photo, dessin, etc.) et remboursements de frais (fonctionnement, trajets, abonnements téléphoniques, Internet, etc.) en fonction de barèmes fournis par la société de presse pour laquelle il travaille. Ces barèmes sont différents selon l'entreprise éditrice.

    À partir d'un certain plafond d'honoraires (15 %, puis 25 % du plafond de la sécurité sociale), le CLP doit obligatoirement cotiser à l'Urssaf (à peu près 20 % des honoraires perçus), ainsi qu'à l'assurance maladie et la caisse de vieillesse qui lui sont afférentes (à peu près 20 % des honoraires), sans oublier la CSG. Afin d'éviter ces affiliations, le CLP doit faire en sorte de s'en tenir à une moyenne de 400 euros d'honoraires mensuels. C'est pourquoi la profession de correspondant local de presse ne peut -en l'état actuel des choses- absolument pas se concevoir comme un emploi à temps plein.

    Association interdépartementale des CLP

    L'association interdépartementale des CLP visible sur le blog, corres72.hautetfort.com, créée par les correspondants locaux de presse de la Sarthe a vu le jour en 2008. De nombreux correspondants locaux de presse tentent de se fédérer afin de porter de manière audible leurs revendications dans le but de professionnaliser une pratique journalistique soumise à l'opacité et à la précarité qui consiste à dissimuler des journalistes professionnels sous le statut de CLP et qui est jusqu'à présent toujours ignorée par les gouvernements. La problématique a cependant pu être révélée au plus haut niveau de l’État lors des états généraux de la presse) et concerne environ 30 000 CLP en France.

    Une situation qui bénéficie exclusivement aux entreprises de presse, dont certaines notamment en PQR qui peuvent à travers ce non statut remplir la quasi totalité de leurs pages pour des salaires en moyenne quatre fois moindres que ceux des journalistes salariés.

    Sans compter la perte financière occasionnée pour la collectivité, puisque les titres ne paient pas de charges quand ils emploient des CLP poussés à se déclarer en travailleurs indépendants et à assumer eux-mêmes leurs charges sans pour autant pouvoir générer suffisamment de chiffre d'affaires pour s'en acquitter.

    Merci Wikipédia.

    Malheureusement, il y a une petite différence entre la théorie et la réalité. De nombreux Correspondants locaux de presse en France exercent cette activité comme emploi principal, et tentent de subsiter plus qu'ils n'en vivent réellement. Les tarifs sont affligeant, de 0,80 la brève à entre 5€ et 8€ un petit article, les photos payées à part pour 1€ ou 2€... Concrètement, le CLP est les yeux et les oreilles du journal, en zone rural, leur capacité de travail peut monter de 80 à 100% sur les pages locales qu'aucun journaliste ne couvre. Pour une agence de 500 journalistes, on compte plus de 1600 correspondants qui oeuvrent chaque jour à fdiffuser l'information. En outre, le travail du CLP demande un investissement de temps et d'énergie, il lui faut contacter les organismes, associations pour se tenir au courant des manifestations, se rendre sur place, prendre des photos, des notes à partir desquelles il synthétisera un texte. Une démarche longue, qui aboutit sur une rédaction qui ne l'est pas moins pouvant d'aller de la simple demi-heure pour un sujet facile à quatre ou cinq heures de travail pour un compte-rendu de conseil municipal. Lequel lui sera payé 15€ s'il a de la chance.

    A une époque où la précarité est omniprésente, le statut des CLP s'est considérablement dégradé; tenus par le besoin et l'absence d'emploi, les CLP acceptent des conditions de travail de plus en plus ingrates pour une rémunération symbolique, indécente. Il s'agit d'un véritable travail, méprisé dans sa valeur pécunière, mais aussi pris de haut par les agences de presse qui ne considèrent les CLP que comme des outils à fort rendement peu onéreux. Car contrairement aux journalistes qui posent leurs tarifs, les correspondants sont soumis aux cotes des honoraires fixés par les groupes de presse. Indépendants, ils n'ont aucun moyen de revendiquer la moindre hausse, ni de dénoncer le moindre vol.

    Car oui, le travail du CLP peut-être volé, qu'il soit récupéré et signé par un journaliste salarié (qui aura au passage ajouté une phrase, un mot pour légitimer le fait d'y aposer son nom), ou encore qu'il soit déclassé, autrement dit, que l'agence juge être en droit de payer le travail en dessous de sa cote au moment de l'envoi. Une autree manière se s'attribuer un maximum d'information pour une bouchée de pain.

    Aujourd'hui, la situation des CLP s'enlise, leurs revendications d'obtenir un statut aux yeux de l'Etat n'a pas abouti, ils ne disposent d'aucune protection sociale, et leur travail ne leur permet de ne cotiser ni à la caisse de retraite, ni à la Sécurité Sociale en dessous d'un certain montant. Les CLP sont clairement dans une case blanche au niveau légal, et dont la presse profite allègrement.

    France d'aujourd'hui, pays des Droits de l'Homme, tu as encore beaucoup de progrès à faire...

     

    Infos complémentaires:

    Les correspondants sinistrés de la presse (Acrimed)

     

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