• [Coup de gueule] Marie-toi et sois soumise, couleuvres et manipulation

    Sur une pétition s'opposant à la publication de deux livres invoquant la soumission féminine et un patriarcat archaïque tout droit sorti du siècle dernier comme modèle social, j'ai croisé le message de trop.

    Eh oui, pas de bol c'est tombé sur toi. Le plus drôle, c'est que ton message n'est pas le pire que j'ai pu lire, loin de là, mais c'était celui de trop, celui qui a fait débordé la marmite...

    "Vive la censure bobo et idéologique ! C est la réciprocité de la soumission de l époux et de l épouse, l un à l autre, qui fait le secret du bonheur d une vie de couple. Continuez à ignorer cette sagesse multi millénaire à vos dépends et laissez les autres libres de penser par eux mêmes."

    Alors là, non, désolée mon vieux, mais non. Déjà, si tu sais lire, il n'est pas question de "soumission au couple/de couple" mais de soumission de la femme à l'homme. Quant au titre malheureux du bouquin "épouse-la et meurs pour elle", la plupart des femmes attendent plutôt de leur mari qu'il vive hein...

    Dans la plupart des cas on ne veut pas d'esclave, on ne veut pas de maître, on veut un partenaire, un compagnon, un allié, un égal.

    Ensuite, revoyons la définition des termes si tu permet (merci Larousse):

    soumission

    nom féminin

    (latin submissio)

    Action de mettre ou fait de se mettre sous le pouvoir d'une autorité contre laquelle on a lutté ; privation d'indépendance qui en résulte : La soumission de la Grèce à l'Empire ottoman.

    Acceptation d'une autorité intellectuelle ou morale : Soumission aux lois.

    État de quelqu'un de soumis : Vivre dans une soumission complète.

    Écrit par lequel un entrepreneur s'engage à se soumettre aux clauses du cahier des charges d'une adjudication, moyennant le prix qu'il propose.

    se soumettre

    verbe pronominal

    Cesser de résister à quelqu'un, accepter son autorité, sa domination, sa suprématie : Les rebelles ont fini par se soumettre.

    Consentir à se conformer à quelque chose, à s'y plier ou à en subir les effets : Se soumettre à des formalités.

    être soumis

    verbe passif

    Manifester une disposition à obéir, de la docilité, un esprit de soumission : Un fils soumis. Un air soumis.

    Si tu n'es pas trop bête, tu comprendras facilement le rapport de force entre le/la dominant(e) et le/la soumis(e): l'un décide, ordonne et régit, l'autre obéit.

    Où est la réciprocité? l'altérité? Le partage?

    Tu noteras qu'il est difficile (doux euphémisme!) compte tenu du rapport évoqué que deux personnes soient soumises à l'autre. En fait, il est impossible dans un rapport de domination qu'il y ait une réciprocité égale. Si l'un domine, l'autre se soumet, c'est un principe hiérarchique.

    En fait, je pense que le mot que tu cherches est "dévotion". Et même là, désolée de te décevoir, mais chacun donne à l'autre ce qu'il veut et peut donner, mais il est hors de question que l'on exige de l'autre quoi que ce soit, et moins encore au nom d'un prétendu "rôle social". La dévotion est un acte offert, choisi, et les modalités selon lesquelles il s'exerce ne dépendent que de la personne qui donne. Celle qui reçoit n'a pas à exiger plus, elle n'en a ni le droit, ni la légitimité.

    En clair, la dévotion c'est bien, mais ce n'est absolument pas un dû.

    On n'aime pas l'autre pour soi. On n'a pas à attendre de l'autre qu'il se plie à notre volonté ou à un rôle pour nous faire plaisir/flatter notre statut social/notre ego. Aimer, c'est respecter, c'est aussi laisser libre.

    Et si l'on laisse l'autre libre, on n'a pas à attendre qu'il se soumette.

    Donc non, la soumission n'est pas le ciment millénaire du couple.

    Rappelons aussi que le divorce est récent: avant les couples piégés dans un mariage malheureux l'enduraient jusqu'à la fin de leur vie, tant pis pour ce qu'ils ressentaient. Avant, la femme n'avait pas voix au chapitre et devait accepter et se taire puisqu'elle était considérée comme une perpétuelle mineure, passant de la responsabilité du père à celle du mari. Et crois-le ou non, ce n'est pas une chose que les femmes actuelles regrettent. Toi même tu ne le regretterais probablement pas si tu étais né de l'autre côté des chromosomes et qu'on te rappelle avec nostalgie l'époque bénie où tu n'aurais pas eu le droit d'objecter sur quoi que ce soit.

    Il est donc malhonnête d'invoquer une recette miracle millénaire (qui n'était en rien une garantie de bonheur) dans la mesure où il n'y a pas si longtemps que les gens ont le choix.

    Ta pirouette c'est de parler d'égoïsme: bah oui, parce que forcément, si on ne se plie pas docilement à l'autre, on est une saleté d'individualiste! Et bien sûr, il n'existe qu'un seul type de rapports possibles: la réciprocité, l'altérité, le partage, l'écoute, tout ça c'est du flan...

    Tu sais, on peut très bien vivre son couple dans l'abnégation, l'amour, le partage et la tendresse sans se fondre dans l'autre, et lui obéir en tout point. On a la possibilité et le droit de rester une personne avec une volonté, un libre-arbitre, un caractère, des rêves, des projets, même des dégoûts et être en couple dans une relation saine d'échange et de réciprocité. On a le droit d'avoir un espace pour soi, un jardin secret, et de ne pas tout mettre au pot commun. On peut très bien respecter l'autre et consolider son couple sans s'en fait le/la servant(e) bien docile!

    Tu parles de penser par toi-même, mais tu répètes un vieux discours éculé rabâché par des milliers d'autres avant toi qui ne l'avaient pas plus réfléchi que toi: "non mais arrêtez de râler, la soumission c'est une bonne chose, et puis tiens on va dire que c'est une affaire de couple pour faire passer la couleuvre! Et puis ça fait des millénaires que ça marche d'abord, hein (comment ça "avant les gens n'avaient pas le choix?") et puis on est victime de la censure des bien pensants d'abord!" (bah oui, ce serait dommage d'éviter la bonne grosse louche de persécution, c'est vrai qu'après tout, c'est à toi qu'on demande d'obéir au doigt et à l’œil à ton épouse...)

    Bref, tu sais quoi? Jusqu'au jour où tu renaîtras avec un utérus (ce que je te souhaite vivement!) merci de garder tes grands principes millénaires si efficaces pour toi.

     

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