• [Cycle des démons 2/5] La Lance du désert

     

    La Lance du Désert - Peter V Brett

    ,

    [Cycle des démons 2/5] La Lance du désert

     

    Résumé: La guerre contre les démons ne fait que commencer.
    Au Sud, Ahmann Jardir a rassemblé les tribus et s’est proclamé Libérateur. Au Nord, tous vénèrent l’Homme-rune, capable de vaincre les démons à mains nues. Autrefois alliés, les deux hommes sont désormais ennemis jurés. Ils devront pourtant affronter ensemble une nouvelle race de démons, plus intelligents et bien plus redoutables.

     

    *L'ébauche d'un grand dessein

    On retrouve dans ce volume les quatre personnages principaux du premier tome, mais c'est la société krasienne, et en particulier son leader, l'ombrageux Ahmann Jardir et ses proches qui passent au premier plan. On y découvre de près ces personnages rapidement présentés dans le tome précédent, et au fil de nombreuses ellipses temporelles, on les découvre sous un jour plus complexe. A travers ce tome tourné vers la société krasienne se dessine peu à peu l'ébauche d'une trame bien plus complexe que ce que laisser présumer le tome précédent.

    En parallèle de cette immersion dans la culture krasienne et le passé de ses héros, on retrouve les thésiens déjà présentés dans le tome précédent, plus matures, plus expérimentés et plus aguerris qu'ils ne l'étaient à l'aube de leurs aventures. Bien que Brett verse parfois un peu dans certains stéréotypes et ne soit pas à l'abri de certaines longueurs, il réussit à faire évoluer l'intrigue et les personnages de manière très intéressante, et la qualité globale de l’œuvre fait oublier ses petites imperfections.

    * La richesse du contexte:

    Je sais l'avoir déjà abordé dans le tome précédent, mais le soucis de développement que Brett porte à ses cultures est un ravissement pour l'esprit: entre le bestiaire démoniaque, la magie des runes qui se paye le luxe d'être cohérente et originale, la faune et la flore, mais également les différentes croyances, us et coutumes thésiens et krasiens, on s'immerge littéralement dans un nouveau monde dont les codes nous sont présentés "au fil de l'eau" sans lourdeur, et où le rythme général de l'histoire permet de suivre sans ennui les péripéties des héros, tout en découvrant la vie locale.

    * Un univers contrasté:

    Une des nombreuses qualités de l'univers de Brett est d'arriver à allier de manière vraisemblable un monde à la fois crédible dans sa cohérence où les peuples survivent autant qu'ils vivent, et d'y placer une situation de tension quotidienne à la nuit tombée, jouant sur l'effet "survival" avec une plume sombre, parfois cruelle, souvent crue, mais rarement gratuite. Ici, l'horreur des chasses nocturnes des chtoniens tutoie le quotidien des thésiens et la guerre des krasiens dans un ensemble homogène. Sans doute parce que Brett essaie de coller au plus juste dans le rapport causes-conséquences des événements qu'il traite et dans sa façon de présenter les humains, il parvient à susciter une ambiance teintée d'angoisse, d'horreur, tout en permettant de faire émerger toute une palette de réactions, des plus nobles aux plus viles, sans réel manichéisme.

    La culture krasienne est tout particulièrement à l'honneur dans ce volume, et on en découvre toutes les subtilités allant du raffinement à la cruauté, sans pour autant cesser d'être cohérente avec ses principes de base.

    * Des personnages puissants:

    Ici "puissant" prend le sens d'intense, et non d'invincible. Car c'est notamment au travers de leur humanité, de leurs imperfections qui leur permet de ne pas devenir prévisibles que les personnages de Brett révèlent leur plein potentiel. L'évolution d'Arlen, de Leesha, de Rojer et de Renna, mais aussi de Jardir, d'Inevera et d'Abban est douloureuse, violente, sans pitié ni concession, elle les poussent dans des instants de gloire comme dans des détresses absolues, et parfois à des actes peu reluisants. Et lorsqu'ils ressortent grandis de l’adversité, ce n'est jamais sans quelques cicatrices supplémentaires. Dans ce contexte impitoyable, on ne tient pas leur réussite ou leur survie pour acquis, et Brett sait nous faire trembler pour eux. Et c'est ce qui les rend si incroyablement attachants: ils sont authentiques. Même le personnage le moins charismatique de cette saga développe toujours un minimum de personnalité à offrir au lectorat. Et même les personnages dépeints comme antipathiques ont une certaine profondeur.

    * Une intrigue bien rythmée

    Certes, le développement de certains axes narratifs peut créer quelques longueurs, mais dans l'ensemble, peu de choses sont laissées au hasard, et selon le principe du set-up/pay-off, même les détails en apparence peu pertinents en première lecture ont un rôle à jouer dans la saga. Et dans l'ensemble, Brett a trouvé le juste compromis pour placer les jalons de son intrigue, tout en tenant l'attention de son lectorat en haleine. Il a trouvé son style, qui s'est assombri depuis le volume précédent, tout en acquérant une certaine maturité, à l'instar de ses personnages. Un très bon tome de transition qui invite à vouloir découvrir le dénouement de ce cycle.

     

    Verdict: Excellent * * * *

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :