• [film]La Vie d'Adèle, une adaptation un peu décevante

     

    [film]La Vie d'Adèle, une adaptation un peu décevante

     

    Une fois n'est pas coutume, plutôt que de présenter le film sans commentaire, je voudrais en faire l'avis. Non, le long-métrage "la vie d'Adèle" ne m'a pas conquise. Non pour une quelconque implication médiatique -une histoire d'amour homosexuelle féminine arrivée peu de temps après les réactions à propos du Mariage pour Tous-, car sur ce point, le film a plutôt ma faveur.

    J'ai trouvé la Vie d'Adèle décevant dans son adaptation de la bande dessinée "le bleu est une couleur chaude" de Julie Maroh.

    Si la BD est excellente, le film laisse perplexe: adaptation ou pas adaptation?

    Abdellatif Kechiche prend un bon départ en reprenant assez fidèlement de nombreux éléments de la BD mais... Mais il sacrifie l'essentiel.

    Le principe même de l'adaptation cinématographique n'implique pas une fidélité au mot près entre l’œuvre de base et le résultat porté à l'écran, toutefois on s'attend à pouvoir rapprocher les deux de manière logique. Monsieur Kechiche perd un peu cette cohérence, principalement en ce qui concerne la fin du film -que je ne détaillerai pas ici afin de ne rien dévoiler- complètement aux antipodes de la fin de la BD. Or, cette modification n'est pas moindre dans la mesure où elle change radicalement l'essence de l'histoire et l'alchimie des personnages (qui pour ce qui concerne Clémentine/Adèle est déjà bien esquintée). Ce qui fait l'émotion et la sensibilité de l’œuvre de Julie Maroh, c'est la note sur laquelle elle s'achève, l'émotion de toute l'histoire qui se conclut intensément sur les dernières pages.

    Changer la fin c'est changer l'histoire. Oui mais dans ce cas, peut-on vraiment dire que c'est une adaptation et pas une œuvre librement inspirée de..? Difficile à déterminer car le réalisateur s'il a changé le nom de l'héroïne a reprit dans l'ensemble plutôt fidèlement le contenu de la BD "Le bleu est une couleur chaude" -excepté la fin. Le personnage d'Emma (qui n'est plus graphiste mais peintre) est assez fidèle et bien rendu, les amitiés de Clémentine/Adèle sont relativement respectées, le déroulement des faits quoiqu'un peu émargé est à peu près le même...

    Pourtant, il est difficile de se dire que l'on parle tout à fait de la même histoire. C'est un peu comme si Peter Jackson, en adaptant le Seigneur des Anneaux avait renommé Frodon Jean-Christophe et avait décidé qu'à la fin, l'Anneau ne serait pas détruit dans la Montagne du Destin mais rangé dans un coffre inviolable et oublié une fois de plus...

    La Vie d'Adèle laisse le même arrière-goût d'inachevé, d'abîmé, de regrettable sur ces dernières minutes. Le lien même des personnages n'est pas le même et se dévitalise cruellement. Un choix cinématographique qui surprend, mais pas forcément dans le bon sens.

    Monsieur Kechiche change les noms dans l'ensemble, on pourrait y voir une volonté de distinguer son film de sa source d'inspiration, et de créer une œuvre indépendante librement inspirée du bleu est une couleur chaude. Mais il conserve Emma exactement telle qu'elle apparaît dans la BD, même prénom, même histoire, même vocation professionnelle à quelques détails près...

    Alors quoi, adaptation ou pas adaptation?

    Le bon casting?

    L'autre gros bémol de la réalisation consiste en le jeu/le choix de l'actrice principale. Alors que Clémentine dans l’œuvre de base est un personnage complexe et profond qui vit une intense existence intérieure, emplie de questionnements, de sentiments, de doutes et de certitudes, en deux mots une femme entière, Adèle est terne, sans grand relief, il lui manque l'étincelle d'une âme vivante. Faiblesse du jeu d'acteur? D'un point de vue personnel, je trouve que son expression étonnée/blasée les lèvres entr-ouvertes ne va pas pour lui donner un regard intelligent, et que son absence de réaction dans certaines situations ou ses questions pour le moins saugrenues accentuent cet effet, ce qui nuit beaucoup au personnage déjà beaucoup plus fade que dans le livre.

    Pour Clémentine, le lecteur partage son émoi avec tendresse, ses colères, son désespoir, sa lutte intérieure entre ce qu'elle veut être et ce qu'elle se permet de devenir, ce qu'elle veut avoir et ce qu'elle se donne le droit de vouloir. Pour Adèle, on s'interroge, on cherche dans son regard souvent perdu dans le vide la petite flamme de l'émotion qu'elle ressent... On cherche, mais on ne trouve pas toujours...

    La plupart des critiques encensent le jeu d'Adèle Exarchopoulos; peut-être n'ai-je pas compris ce qu'il était censé traduire, mais j'assume parfaitement de ne pas l'avoir trouvé transcendant...

    Trois heures... réellement mises à profit?

    A la lecture des retours, pas mal de gens ont estimé le film beaucoup trop long. En vérité, l'adaptation pouvait tout à fait justifier trois heures de film. Toutefois, le choix de Kechiche de jouer sur les silences cinématographiques, les temps-off (vie de lycée, vie quotidienne, extraits sans paroles etc), et les scènes d'amour (relativement nombreuses) au détriment de passages qui auraient pu être intéressants m'a donné une impression d'interminable. Certains passages ne demandaient peut-être pas tant de mise en avant, d'autres en auraient sans doutes mérités plus... L'ensemble peut effectivement paraître long.

    Un ton qui change...

    Petit détail subsidiaire: la vulgarité.

    Alors à ceux qui s'attendent à ce que je parle du sexe dans l’œuvre de Kechiche, vous allez être déçus parce que ce n'est pas ce que je vise. Certes, sur ce point le réalisateur a mit le paquet et en a peut-être fait un peu trop dans la mesure où l'histoire ne tourne pas autant ni aussi ouvertement sur la sexualité (qui est plutôt ponctuelle dans la BD) et que l'approche de Julie Maroh est plus délicate. Quand je dis "vulgarité", je parle des personnages, et notamment de leur expression, aussi bien orale que générale. Toujours BD à l'appui, Clémentine est en seconde littéraire au début de l'histoire (en première dans le film), et le livre nous présente son récit du point de vue de son journal intime dans un langage plutôt soigné. Adèle est pour le moins vulgaire, sans finesse, ni beaucoup de vocabulaire. Il ne s'agit pas de jouer à la puriste de la langue française, mais de faire valoir qu'à travers cet aspect, on a la sensation de ne pas côtoyer le même personnage d'une œuvre à l'autre...

    Bref, une découverte qui ne dépassera sans doute pas un unique visionnage pour ce qui me concerne. Un film qui sans être mauvais ne me semble pas justifier l'apologie débordante qu'il suscite, ni une Palme d'Or.

    Ceux qui me connaissent savent que je suis difficile en matière d'adaptation livre/film, mais j'avoue avoir été rarement aussi déçue.

    ***

    Les coulisses du tournage laissent entrevoir des conditions pénibles pour un film en définitive difficile [Article Wikipédia sur la question].

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