• Insomnie

    La clarté de la brume me tire de mon lit. Je n'ai pas fermé l'oeil. Je ne l'ai pas mérité.

    Encore une insomnie. Sentant le sommeil fuyant, j'ai déserté ma couche jusqu'à deux heures du matin, cherchant dans les communautés virtuelles, dans le ronronnement de mon ordinateur quelque réconfort. J'ai été odieuse quelques heures plus tôt, sans de réelles raisons que la pudeur m'autorise à dévoiler. Lorsque j'ai compris que je pouvais tout aussi bien attendre le petit jour, je me suis résolue à éteindre. Et la nuit a englouti la pièce comme la défertante d'une vague.

    Je revois l'éclairage de mes volets ouvert danser  sur mes murs de papier peint et mon plafond vaguement sale. Sur le dos, le regard fixe rivé au plafond, suivant les spectres blancs des phares de voiture qui passent sur la route plusieurs kilomètres en contrebas, je cherche le sommeil.

    Je n'y arrive pas.

    Non, cette insomnie là n'a rien à voir avec l'abence de sommeil brouillon et paresseuse qui engourdit l'esprit sans l'emporter au pays des rêves. L'insomnie presque sympathique que l'on peut combler par un rêve éveillé. Cette nuit je ne rêve pas. Mon esprit rebelle s'y oppose. Je n'ai que ce que je mérite.

    Cette nuit j'ai les idées claires, trop claires pour dormir, pas assez pour m'amender.

    J'ai été stupide, méchante et j'ai blessé des amis, une amie en particulier. Bêtement, sans penser à mal, sans penser tout court sur l'instant, juste parce que j'avais été secouée, qu'un petit événement avait fait explosé le baril de poudre sur lequel le contexte m'avait attachée.

    Je sens les larmes couler malgré elles. Je m'en fous, finalement, cela me semble trop doux comme amendement. Dans le silence d'habitude douillet de cette maison endormie, je guette le moindre dérivatif, me tourne, remue. En vain. Je me sens sale de l'histoire de la veille au soir et rien n'y fait. Cette culpabilité crasse s'accroche comme un parasite à mon esprit fatigué. Car c'est à un surplus de fatigue que je dois ce magnifique coup d'éclat. Vicieuse fatigue qui grignotte mon énergie et mes nerfs sans m'ouvrir la porte du pays des rêves.

    Les heures passent sur le chiffrage rouge du réveil. Il est trois heures, puis quatre. Je fais le tour de la pièce silencieuse, cherchant quelque chose pour dévier mon attention de ma culpabilité. Mais rien ne se présente à moi. Me reviennent les conversations de la veille, tout ce que je sais être finalement sans grande importance, j'essaie de relativiser, de suivre les bons conseils que plusieurs m'ont donné, de penser à autre chose. Mais mon esprit est vide de toute autre idée. Il m'a laissée seule dans cette pièce morne avec ma conscience à titre de leçon. J'accepte ce châtiment qui me semble encore en dessous de ce que je mérite. Si la base des griefs était sans importance, comme c'est majoritairement le cas dans la vie en général, les conséquences, elles ont été à mes yeux plus que désastreuses. Moi qui prônais la gentilesse et l'équité, pourquoi m'être ainsi laissée aller à une vague de colère qui plus est injustifiée? Les raisons je les connais, mais aucune ne me semblent être une excuse à mon attitude. Et si tout le monde dans mon cas agissait de la sorte? Ou comment changer la Terre en enfer.

    Ceux qui le disent ont raison, je dois soigner mes nerfs.

    A six heures au petit jour, je ne ressens même pas le poids de la fatigue de cette nuit absente. L'aurore dessine avec ses ombres mouvantes mille et une chimères que je regarde sans voir. En désespoir de cause, j'attrape "Malevil" de Robert Merle et tente de lire mais les mots glissent sur mon esprits comme la pluie sur le carreau d'une fenêtre. Je repense au vertige de la veille, à mes nerfs malades qui m'ont poussée sur la pente la moins raisonnable. Je me revois trembler, pleurer bêtement, sans pouvoir donner une explication plausible à ma mère qui passe par là. Tableau ridicule. Avec le matin, une gelée sur mon esprit est tombée comme un manteau de rosée. Les mêmes idées tournent infatigablements, mais sans la passion de la veille. Etrangement, je suis plus vive à réfléchir, à faire la part des choses, le recul n'y est pas innocent. En revoyant la situation de mon présent, je la trouve caricaturale. Il n'y a que les conséquences qui continuent à peser lourd.

    Sept heures, je me lève et m'assoit sur mon lit défait.

    J'ai été mauvaise et cela me reste en travers, mais au delà de cette situation coupable, je crains plus encore les blessures que j'ai pu occasionner dans la bataille. Ma mère passe, me demande si j'ai bien dormi. En menteuse lamentable, je lui dis partiellement la vérité d'une réponse laconique "je n'ai pas trouvé le sommeil, c'est nerveux". Je suis honnête. Mais je ne vais pas jusqu'au bout. Comprendra t-elle mon sentiment lancinant... Je ne prends pas le risque de tenter pour savoir.

    D'aucun me connaissant de loin jugent souvent mon psychisme fragile. Etrangement, situation ironique, c'est ce qu'il y a de plus fort chez moi, et s'il m'arrive régulièrement de céder à mes nerfs, c'est que les circonstances n'aidaient pas. Affublée d'une santé douteuse et d'une certaine faiblesse de sentiment qui inhibe les comportements agressifs mais aussi défensifs, je me retrouve la plupart du temps dans des situations difficiles à imaginer. En dehors du cercle fermé de mes relations directes, il est assez difficile de s'en faire une idée.

    J'aimerais avoir l'excuse d'un psychisme fragile. Tout comme j'aimerais trouver le sommeil, penser à autre chose.

    Sept heures et demi, je me lève et commence cette confession, restant au plus possible fidèle et pudique. Huit heures... ma mère s'inquiète de ma petite mine. Aucun rapport avec la nuit blanche, j'ai simplement du mal à accuser le choc de la folle-furieuse qui s'est échappée de moi hier soir.

    Moi qui tempère jursqu'à mes actes et mes réactions, que suis-je devenue face à la petite étincelle qui a enflammé les explosifs? Cette facette me fait peur, je ne l'aime pas, je voudrais la renier, la bannir très loin, cette colère incrontrôlable et bêtement méchante qui bondit comme un diable à ressors quand je n'ai plus de retranchements. Une colère froide et maîtrisée serait bien plus utile. Mais il n'y a que ce débordement nerveux d'émotions hasardeuses et variables selon le contexte. Oui je craque un peu trop souvent. A ma décharge, j'ai de quoi.

    Me voilà arrivée au présent. La fatigue de cette nuit stérile ramène à mon esprit en arrière-plan un refrain idiot qui tourne sans s'arrêter et m'agace. Je regarde le travail de mois de patience écroulé et en ruines. J'arrivais à me contrôler, moi, la gentille fille qui pête parfois les plombs? Jusqu'à hier soir.

    Une vague apathie me blase, tout cela me semble de plus en plus idiot. Je me rend compte en parallèle que c'est la première fois que je me livre de la sorte sur mon blog et à la première personne. D'habitude c'est le Cahier Intime, mais avec l'état de mon pouce droit -pour une droitière c'est handicapant- le stylo ne suit pas les gestes que je voudrais lui dicter. Ma main gauche habituée au clavier trouve les lettres sans que mon esprit n'aie à les chercher.

    J'ai besoin d'écrire, peut-être pour me faire pardonner aux yeux de celle que j'ai blessé hier, si d'aventure elle venait par ici, sûrement pour essayer de me pardonner moi-même cet écart de conduite inexcusable à mes yeux.

    La radio scande une chanson à la mode entre deux flash infos. Tout le monde est levé. Je reste un instant seule face au miroir de ma propre conscience, cherchant la marche à suivre, ce qu'il convient de faire non pas pour rattraper une bévue idiote, mais pour m'amender aussi bien des conséquences que de cette mauvaise tendance qui fait tourner à l'aigre ce que j'aime. J'ai perdu le sens du goût, je m'en rends compte sur une gorgée d'eau prise à ma bouteille. Rien de réellement étonnant vu mon état d'esprit identique dans ses conséquences. Aujourd'hui, en résonnance avec le ciel maussade, je n'ai goût à rien. Tout est fade. Une seule chose m'intéresse:

    Que ce soit la dernière fois



    Je ne cherche pas à me faire plaindre, je n'ai aucune envie qu'on s'apitoient sur mon sort. J'ai fais un bêtise et je dois en assumer les conséquences et si cet article devait avoir une fonction, ce serait mon réquisitoire contre moi-même


     

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