• l'Empire Ultime -Brandon Sanderson

    l'Empire Ultime -Brandon Sanderson

    Si vous avez une âme à capter toute la profondeur et la magie d'une histoire de haut vol, alors le premier volume de la trilogie "Fils-des-Brumes" ne vous laissera pas indemne. Esprits sensibles s'abstenir, cette histoire frappe le lecteur en plein cœur et laisse à sa fin un écho subtil de son épopée et de ses personnages magnifiques, comme la fragrance d'un parfum merveilleux qui persiste encore quelques instants après avoir été respiré.


    Critique

    Brandon Sanderson réalise un tour de force avec ce premier volet:

    Tout en traitant un sujet inédit et parfaitement original, il allie avec expertise un réalisme sombre aux accents dramatiques qui propulse le lecteur de plein fouet dans un monde à l'agonie, entre révolte et désespoir. Mais loin, bien loin l'idée d'un récit pesant! Le tour de force de l'auteur réside dans la parfaite alchimie entre les contrastes, le bon dosage de descriptions, prenante et efficace sans être alourdissante, le travail très profond de ses personnages d'une complexité magnifique et d'un humanisme parfait, le déroulement d'une intrigue extrêmement complexe qui jamais ne tire en longueur, ni ne sème le lecteur.

    Brandon Sanderson avait déjà prouvé la hauteur de son talent en se glissant dans les chaussures de Robert Jordan pour achever la saga de la Roue du Temps laissée en suspend à cause du décès prématuré de l'auteur. Recommandé par Robin Hobb, ce livre est un bijou, un délice pour l'esprit, captivant, passionnant, palpitant vibrant, terrible, cruel et époustouflant.

    Le travail titanesque et parfaitement équilibré de l'auteur trouve en récompense une œuvre de qualité qui séduira aussi bien les lecteurs exigeants que les débutants mal assurés. Le style d'écriture est fluide et alterne à merveille narration, psychologie des personnages, action et rebondissements. La lecture se fait sans efforts, sans excès, sans à-coups, le déroulement restant de qualité égale -quoique sensiblement progressive vers le mieux sur la fin- d'un chapitre à l'autre.

    L'histoire elle-même tire son épingle du jeu avec des idées qui innovent un genre que l'on pourrait croire usé. Un univers Fantastique où pointent quelques éléments assez proches de la science-fiction -ce monde vieillissant ressemblerait beaucoup au nôtre...-

    Les personnages:

    Mais les atouts majeurs de Brandon Sanderson restent le travail d'orfèvre effectué sur la psyché de ses -nombreux- personnages. Tous uniques, tous incroyablement HUMAINS, tous faillibles, ils laissent cette impression de réalisme poignante qui, lorsqu'on reprend le livre en main donnerait presque la sensation qu'au fil des pages, c'est un ami que l'on retrouve et que l'on accompagne dans ses aventures. L'auteur arrive à nous faire rire, pleurer, souffrir, trembler et espérer avec ses héros, et si l'on pose le livre un certain temps, on brûle de les retrouver dès qu'on le reprend en main. Un défi somme toute commun à beaucoup, mais rarement aussi bien relevé.

    Le traitement de l'intrigue:

    L'autre victoire majeure de Brandon Sanderson est d'avoir su allier cette richesse et cette profondeurs de personnages à une intrigue incroyablement élaborée. Si de prime abord le sujet peut sembler simpliste -Un Empire opprimé préparant une rébellion-, il nous met dans la confidence de chaque action, mettant l'accent sur les faiblesses de ses personnages, leurs erreurs et leurs doutes qui comprommettent leurs espoirs et leurs entreprises. Dans ce récit, l'enchaînement action/conséquence pousse la perfection si loin que l'on  doute jusqu'à lire le dénouement le l'issue de chaque péripéties. Et même pour les esprits fins habitués à anticiper, l'auteur arrive à parer de trop grandes évidences pour surprendre son lecteur avec un revirement inattendu. Et malgré ce tumtultueux jeux de rebondissements, l'histoire maintient un fil logique d'une grande intensité qui ne laisse pas indemne.  

    Malgré 906 pages pour le seul premier volume, l'histoire coule aisément et à une allure vertigineuse! On se perd entièrement dans l'immersion de ce monde à part.

    Un univers contre-utopique:

    L'univers n'est pas de ces royaumes prospères riches et chatoyants, c'est un monde sombre, autère et livré à un terrible désespoir où meurtres et esclavage sont monnaie courante. Oublié le cadre paradisiaque de la cité blanche dans cet empire volcanique où la seule neige qui tombe régulièrement est celle des sombres pluies de cendres, où le soleil rouge et furieux semble darder ces terres d'un regard las. Où l'on a oublié jusqu'à l'existence des fleurs et où la végétation n'est que brune, âpre, triste.

    C'est dans cet univers privé de tout autre espoir que la monotonie des rapports skaa(serf)/nobles semble inéluctable qu'un homme va entreprendre la quête insensée, stupide et impossible de renverser l'Empire Ultime pour libérer le peuple-esclave de l'opression résignée qui le prive jusqu'à la volonté de lutter. Cet homme, ancien skaa, rebelle et survivant va s'entourer d'une équipe de voleurs et escrocs de parmi les meilleurs pour une entreprise démesurée.

    L'allomancie:

    Une des trouvailles les plus intéressantes de Brandon Sanderson reste sans doute l'allomancie, la magie par les métaux. On est loin du cliché du héros sans peur et sans reproche qui dès le départ peut utiliser le Pouvoir Absolu. Cette forme de magie rare tire ses pouvoirs et ses limites de conditions très concrètes: certains métaux "brûlés" dans l'organisme de l'allomancien lui confèrent pour une durée limitée une capacité particulière: le Fer permet de "pousser", l'acier de "tirer" des objets de même nature par exemple. Dix métaux recensés confèrent donc dix aptitudes définies et cadrées. L'allomancie est en outre un don rare et plus encore dans le cumul des pouvoirs: la plupart des allomanciens ne peuvent utiliser qu'un métal, autrement dit, une seule et unique aptitude. Ce don connaît d'ailleurs d'autres restrictions car l'excès ou l'usage de mauvais métaux ou d'alliages impurs peuvent affaiblir ou tuer les allomanciens. Il s'agit donc d'un don à double tranchant, qui, même s'il est inné s'apprivoise et connaît des failles, ce qui contribue à en rendre les bénéficiaires plus réalistes. Et loin d'être invincibles.

    Les espèces:

    Si le monde décrit présente de nombreuses similitudes avec le notre, il dispose d'espèces que l'auteur nous dévoile petit à petit au fil de l'intrigue. Parmi elles notamment, les mystérieux Terrisiens, êtres à part qui laissent curieux par tout le secret qui les entourent ou encore les kandras... Mais je ne développerai pas trop ce sujet qui ferait perdre en charme à l'histoire s'il venait à être éventé.

    Synopsis:

    Vin ne connaît de l'Empire Ultime que les brumes de Luthadel, les pluies de cendres et de regard d'acier des Grands Inquisiteurs. Depuis plus de mille ans, le Seigneur Maître gouverne les hommes par la terreur. Seuls les nobles pratiquent l'allomancie, la précieuse magie des métaux. Mais Vin n'est pas une adolescente comme les autres. Et le jour où sa route croise celle de Kelsier, le plus célèbre voleur de l'Empire, elle est entraînée dans un projet fou: renverser l'Empire.

    Les personnages majeurs

    Vin:

    C'est une gamine des rues d'une solennité et d'une gravité qui compense de beaucoup son jeune âge. Rattachée à un petit gang de voleurs où son frère aîné l'a abandonnée, elle mène une existence précaire. Elle apparaît comme un être en équilibre entre force et fragilité. C'est une jeune fille meurtrie par les écueils de la vie malgré ses seize ans, dotée d'une méfiance qui n'a d'égal que son intelligence aiguisée et sa ténacité. Elle évolue vite et fortement au fil de l'histoire.

    Kelsier:

    Surnommé le "Survivant de Hathsim", Kelsier est un voleur skaa qui a décidé de se dresser contre l'Empire Ultime. Il voue une haine féroce aux nobles mais plus encore au Seigneur Maître qui oppresse son peuple et n'hésite pas à employer de grands moyens, souvent au mépris des conséquences. C'est un homme très complexe qui semble toujours difficile à cerner totalement, quelque part naïf et insouciant, tout en portant le fardeau d'un sombre passé. Ses erreurs ne le rendent que plus humain. Il fait preuve d'un grand charisme malgré un esprit torturé et s'assume en chef de l'entreprise qu'il lance, au risque de se voir par moment remis en question. Ses doutes, sa légerté et son mépris du danger en font un personnage poignant et attachant mais loin de la perfection et du cliché.

    Les autres... à découvrir au fil des pages!

    Ce roman mériterait encore de nombreuses lignes de critique, mais le mieux restant à chacun de créer son avis sans se laisser influencer, si je ne devais recommander qu'un livre cette année, ce serait celui-là.

     

    l'Empire Ultime -Brandon Sanderson

     

    Verdict: Coup de cœur! * * * * *

     

     

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  • Commentaires

    1
    Kelvin
    Samedi 7 Mars 2015 à 17:11

     BS a tout de même accompli avec ce premier volume un travail assez fantastique: Il a élaboré un univers nouveau, très éloigné des clichés habituels et -pour ce qui me concerne-, je trouve qu'il le vend de manière plutôt convaincante.

    Bien sûr, il y a quelques incohérences, mais compte-tenu de la complexité du travail entrepris, je crois que ces petits impairs sont tout à fait excusables.

    Et il faut bien le dire, L'Empire Ultime a ce côté poignant -là parle la femme- qui éveille et suscite tellement d'émotions chez son lecteur qu'il nous tient en haleine. Pourquoi chercher à décortiquer une histoire afin de la rendre logique ? Même s'il est tentant de régir le monde sur une base cartésienne objectivement... ce n'est pas applicable pour tout. Ce qui fait précisément la magie de l'imagination, selon moi reste la capacité à l'imprévu, et la Fantasy obéit à ses propres lois.

    Dans ce contexte, BS a fait un travail d'orfèvre. Ses personnages lissés et bien tenus, son univers inédit, triste et sombre, son aventure qui partant d'une base très ordinaire vire à un véritable bras de fer... Les échecs rencontrés, le réalisme... (pour le genre choisi, l'histoire accroche à des règles très terre à terre.)

    Mais ce qui par dessus tout m'a réellement séduite, c'est le travail subtil qui rend ce monde si... présent à l'esprit du lecteur. Combien de fois ai-je posé mon livre pour aller travailler avec la sensation que Vin m'accompagnait? Ou qu'en reprenant la lecture, j'avais l'impression de retrouver une personne étrangement familière?
    Et quelle frustration en arrivant au bout du premier volume de ne pas pouvoir dévorer le deuxième! Tant de questions en suspend même si l'histoire se termine... Avec en prime le désir de retrouver ces personnages si attachants et de retourner faire un petit tour à Luthadel...

    J'ai lu le premier volume deux fois à la volée tellement j'ai été prise dans l'histoire et désireuse de retrouver cet univers et ces personnages si... sincèrement humains.
    Etant une "lectrice éclectique", je lis beaucoup et bien sûr je touche à tout les genres. L'Empire Ultime est depuis très longtemps le premier livre qui aie tenu éveillé mon intérêt et mon attention si longtemps même après l'avoir terminé.

    J'aime le côté modéré du manichéisme de cette aventure (oh, bien sûr il y a quelques grands gentils et quelques grands méchants, mais dans un sens ou dans l'autre, les personnages commettent des erreurs qui gomment leur perfection)

    Bref, Brandon Sanderson nous offre tout de même une histoire de qualité rehaussée de bonnes trouvailles comme les principes allomantiques, ou même le traitement de ses personnages, ou encore de son univers. Un plaisir pour l'esprit, une véritable friandise qui se laisse savourer encore après consommation


     


     

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