• La dernière des elfes

    Alors qu'autour de moi tout n'était que froid béton, foule entassée et air vicié, j'ai rêvé de courir pieds nus dans l'herbe, perdue dans une immensité verdoyante ondulant sous une brise de printemps. Alors que je ne respirais plus, trop fragile, élevée au grand air dans tant de pollution, toute mes pensées allaient vers ce qu'il y a de plus beau : le monde pur.

     

    Je me revoyais enfant, petite chose décharnée, mutine, échevelée, vive et sauvage, à moitié garçonne, chaton sauvage pêchant aux abords d'un lac, escaladant les collines avec l'agilité d'un chevreuil, grimpant aux arbres pour m'y alanguir, remplissant ma chambre de fillette d'une prairie en harmonie avec les saisons, vivant de simplicité, savourant avec une fascination sereine la magie du monde autour de moi.

     

    Je suis de ce petit peuple renié, né de la terre et qui en comprenne le murmure et l'âme. Je suis née Dryade, je ne peux pas vendre mon âme pour un autre monde car elle appartient toute entière à cette Terre qui m'a soufflée la vie et loin de laquelle je dépéris avec une lente fatalité...

     

    Les plantes n'ont pour moi pas de mystères, les animaux font parti de mon univers merveilleux et calme. Je reprends vie là où la main de l'Homme n'est pas encore passée, jouant pieds nus dans les sources, tressant des couronnes de fleurs, observant la magnificence de l'œuvre du Monde avec le respect humble d'un figurant dans une histoire sans fin.

    Au Royaume des croyances, je ne suis qu'une créature païenne née et forgée dans les éléments fondamentaux, qui ne peut survivre sans sentir sous ses pieds, sous ses mains, contre son âme la pulsation du cœur de la Terre.

     

    Je suis la dernière des elfes.

    J'en ai hérité l'âme par un étrange atavisme. Pourquoi ? Je l'ignore mais j'aime cet héritage.

    Au Royaume des crédules, je crois en l'essence de toute choses, en la force de la Vie qui coule tout autour de moi, de la sève qui monte dans les arbres renaissants sous un printemps clément à la vie foisonnante dans un carré d'herbes folles.
    Je suis la biche qui court librement les forêts demeurées sauvages, l'épervier qui domine avec splendeur depuis le ciel, la souris qui quitte son abri et trotte dans les prés pour chercher de quoi nourrir son nid, je suis les arbres qui reprennent un second souffle après un sommeil hivernal, immobiles et bercés par tout les vents. Je suis tout à la fois dans cet univers si bien réglé où chaque créature remplit le rôle pour lequel elle est née.


     

    Le Petit Peuple-Fée existe. Si les hommes l'ont oublié ou ne peuvent le percevoir, c'est parce que la plupart ne savent pas regarder. A l'ombre d'un lilas en fleur, l'esprit d'une fée poussent nos esprits à l'envolé grâce à un parfum enivrant, et invisibles, silencieuses, elles habillent le printemps d'un voile de couleurs et de senteurs extraordinaires. Sous un orage d'été, ce sont les divinités celtes qui dansent une sarabande endiablée. Et dans le scintillement d'un arc-en-ciel demeure un fond de magie. Comme dans le rougeoiement de feu des canopées à l'automne.

       Fleurs d'Ancolies

    Si l'on a si longtemps rêvé d'esprits des sources, de fées, de korrigans, de dryade et autres nymphes, c'est parce qu'une part de nous venue de très loin de notre passé, une part enfouie et oubliée chez la plupart des personnes d'aujourd'hui, un petit morceau d'âme avait cette féérie et la faisait vivre à travers ce que nous sommes.

     

    Je suis la dernière des elfes parce que je suis une des dernières à ne pouvoir ni ne vouloir renier ce si précieux héritage qui permet aux humains de s'émerveiller, d'aimer et de respecter le monde qui leur a si charitablement donné la vie et qui sans cesse les pourvoit de mille et un cadeaux en dépit de toute les souffrances que notre espèce lui inflige, tels des héritiers ingrats qui tourmentent un parent trop généreux. Je peux entendre la tristesse de cette planète qui a déjà tellement perdu à cause de ses propres enfants et qui pourtant ne cesse de les aimer, de veiller à ce que rien ne leur manque.

    Ô Terre, ma mère de corps et d'esprit, au nom de toute mon espèce, je te demande pardon...

    Et jusqu'à retourner là où tout recommence, je resterai la dernière des elfes, enseignant s'il m'est donné de le faire et tant que j'en aurais la force tout les dons et toutes les splendeurs dont tu nous couvre.

    Ma Terre-mère à qui je dois deux fois la vie.

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