• Le Meilleur des Mondes - Huxley

    Présentation du Meilleur des Mondes 

    J'ai choisi ce livre parce qu'il est terriblement et de plus en plus d'actualité avec le monde réel. Lorsqu'Aldous Huxley l'a écrit, ne s'agissait-il pas déjà d'une mise en garde? Et nous nous dirigeons presque la fleur aux dents vers ce sinistre "Meilleur des Mondes"... Pauvre humanité...

    Je voulais faire ma propre critique mais j'ai trouvé celle de wikipdia extrêmement précise et d'un grand intérêt, j'y ajouterai mes propres avis.

     

    L'histoire débute à Londres, en l'an 632 de Notre Ford. Dans le monde décrit par l'auteur, l'immense majorité des êtres humains vit au sein de l'État Mondial – seul un nombre limité de sauvages est regroupé dans des réserves. Bien que l'enseignement de l'Histoire soit jugée parfaitement inutile dans ce monde, on apprend néanmoins que les sociétés anciennes ont été détruites par un conflit généralisé connu sous le nom de « Guerre de Neuf Ans ».

    Dans cette société, la reproduction sexuée telle qu'on la conçoit a totalement disparu ; les êtres humains sont tous créés en laboratoire, les fœtus y évoluent dans des flacons, et sont conditionnés durant leur enfance. Les traitements que subissent les embryons au cours de leur développement déterminent leur future position dans la hiérarchie sociale (par exemple : les embryons des castes inférieures reçoivent une dose d'alcool qui entrave leur développement, les réduisant à la taille d'avortons). Cette technique permet de résoudre les problèmes liés aux marchés du travail en produisant un nombre précis de personnes pour chaque fonction de la société. Ces nombres sont déterminés par le service de prédestination.

    Une fois enfants, les jeunes humains reçoivent un enseignement hypnopédique qui les conditionne parfaitement durant leur sommeil. Les castes supérieures apprennent ainsi à mépriser sans remords les castes inférieures, et ces dernières apprennent à admirer l'élite de la société.

    La société est rigoureusement séparée en cinq castes :

    • les castes supérieures :
      • Les Alpha en constituent l'élite dirigeante. Ils sont programmés pour être grands, beaux et intelligents.
      • Les Bêta forment une caste de travailleurs intelligents, conçus pour occuper des fonctions assez importantes.
    • les castes inférieures :
      • Les Gamma constituent la classe moyenne voire populaire.
      • Les Delta et les Epsilon forment enfin les castes les plus basses ; ils sont faits pour occuper les fonctions manuelles assez simples. Ils sont programmés pour être petits, laids (les Epsilon sont presque simiesques).

    Chacune de ces castes est divisée en deux sous-castes : Plus et Moins. Chacun, en raison de son conditionnement, estime être dans une position idéale dans la société, de sorte que nul n'envie une caste autre que la sienne.

    Cette société rend tabou le sujet de la viviparité : l'allusion à la maternité, à la famille ou encore au mariage font rougir de honte aussi bien les jeunes que les adultes. La sexualité y apparaît comme un simple loisir : chaque individu possède simultanément plusieurs partenaires sexuels (entre deux et six par semaine), et la durée de chaque relation est extrêmement limitée (quelques semaines seulement). Les femmes utilisent de nombreux moyens de contraception, appelés « exercices malthusiens », afin de contourner tout risque de reproduction qui échapperait au conditionnement réglementaire.

    Chacun des membres de la société est conditionné pour être un bon consommateur et est obligé de participer à la vie sociale. La solitude est une attitude suspecte.

    Tout le monde dans l'État mondial utilise du « Soma ». Le Soma est une substance apparemment sans danger qui peut, à forte dose, plonger celui qui en prend dans un sommeil paradisiaque. Le Soma n'a aucun des inconvénients des drogues que nous connaissons aujourd'hui. Il se consomme sous forme de comprimés distribués au travail en fin de journée. Cette substance est le secret de la cohésion de cette société : grâce à elle, chaque élément de la société est heureux et ne revendique rien. Les individus de toutes les castes se satisfont de leur statut par le double usage du conditionnement hypnopédique et du Soma.

    Les humains qui ne vivent pas dans l'État Mondial sont parqués dans des « Réserves à Sauvages » délimitées par de hautes barrières électrifiées. Elles ont été créées par l'État Mondial à cause des conditions climatiques et géologiques peu favorables : « il n'a pas valu la peine ni la dépense de civiliser ». Ces sauvages perpétuent la reproduction vivipare et ont un mode de vie primitif.

    La première partie du roman décrit la vie dans l'État Mondial et les personnalités de deux des personnages principaux : Bernard Marx et Lenina Crowne. Lenina est une jeune femme Bêta particulièrement belle, tandis que Bernard est une sorte de paria : même s'il est un Alpha, il est aussi petit qu'un Gamma. En outre, Bernard se trouve être un élément subversif de la société ; il déteste le Soma, il préfère « être lui-même et triste qu'une autre personne qui soit heureuse ». Il aime également la mer, les étoiles, la randonnée alors que les êtres humains ont été conditionnés à détester la nature. Bernard remet encore en cause les mœurs répandues dans l'État Mondial, la façon dont sont considérées les femmes, et en particulier Lénina : « comme de la viande ». Cette conduite étrange a fait naître une légende à son sujet : on aurait versé par erreur de l'alcool dans son « pseudo-sang » alors qu'il était encore un embryon (traitement normalement réservés aux castes inférieures).

    On fait également la connaissance d'Helmholtz Watson, maître de conférences au Collège des Ingénieurs en Émotion (Section des Écrits) et meilleur ami de Bernard. Il est assez similaire à Bernard mais n'est pas un paria. Helmholtz lui aussi s'interroge et trouve que quelque chose manque à cette société, aussi formidable soit-elle : une personne héroïque suscitant l'admiration.

    La réserve et les sauvages  

    Dans ces chapitres, Bernard obtient un droit de passage pour lui-même et pour Lénina à destination d'une Réserve à Sauvages, au Nouveau-Mexique. Il présente ce voyage à Lénina comme un rendez-vous galant. Là-bas, ils sont présentés à la société de Malpais qui a été largement oubliée par l'État Mondial. Les habitants de la réserve se reproduisent naturellement et vivent dans un univers non-stérile, ce qui horrifie Lénina et fascine Bernard.

    Le couple rencontre Linda, une femme qui vécut autrefois dans l'État Mondial et qui a donné naissance à un enfant, John (plus tard appelé le Sauvage). La plupart des résidents de la réserve sont illettrés et n'ont pas reçu d'éducation. John, cependant, a été éduqué par sa mère pendant qu'ils vivaient parmi les Sauvages qui avaient une religion. De plus, étant donné qu'il n'a pas été élevé dans l'État Mondial, il a pu avoir accès à une littérature censurée comme Shakespeare.

    John est fasciné par Bernard et Lénina, et il souhaite voir le monde d'où vient sa mère. Bernard accepte d'emmener Linda et John à Londres avec lui.

    Le sauvage visite l'État Mondial  

    Le choc culturel est énorme lorsque le « sauvage » est propulsé dans la société de ce « nouveau monde merveilleux » (Brave New World en anglais) comme il l'appelle au début.

    Pendant ce temps, dans l'histoire, le directeur de Centre d'Incubation et de Conditionnement dénonce verbalement, et devant tous les travailleurs des hautes classes du Centre, les choix de vie de Bernard. Cependant, dès que le Directeur finit sa tirade, Bernard se défend en lui présentant son propre fils, John, devant tous les membres du Centre réunis pour la plus totale humiliation du Directeur. Cette extraordinaire annonce force le Directeur à démissionner immédiatement, vu la honte que représente le fait d'avoir un enfant.

    Après ce retour à la société avec le sauvage, Bernard se sert de lui pour l'aider à devenir populaire. Il organise régulièrement des soirées auxquelles il invite de nombreuses personnalités à voir le sauvage. Bernard devient très populaire et l'histoire d'alcool dans le « pseudo-sang » est oubliée. Un soir, Bernard reçoit l'Archi-Chantre de Canterbury (une personne très importante), et quand Bernard va chercher le sauvage pour le montrer à ses invités, celui-ci refuse de sortir, car John est épouvanté par l'État Mondial et la promiscuité de Lénina. L'Archi-Chantre décide de partir, outré qu'on l'ait dérangé pour rien. À la suite de cette aventure la célébrité de Bernard disparaît et il redevient comme avant. Malgré cela, John rencontre Helmholtz Watson, et devient vite ami avec lui. Ils se voient souvent pour discuter de littérature, et plus spécialement de Shakespeare, avec lequel Watson est très peu familier.

    Lorsque la mère de John, Linda, meurt, il pleure sa disparition, ce qui embarrasse les spectateurs présents, conditionnés dès leur plus jeune âge pour être habitués à la mort. Devant leurs froides réactions à son malheur, John s'énerve et devient violent. Peu après, il tente de dissuader des Deltas de prendre du Soma et jette des échantillons par la fenêtre, mais ces derniers répondent à ce sacrilège en l'attaquant alors que, contrairement à lui, ils ne savent pas se battre. La Police intervient et utilise du Soma sous forme de gaz pour calmer tout le monde, puis demande à John, Helmholtz et Bernard de les suivre, ces deux derniers étant présents au moment de la bagarre.

    Bernard, Helmholtz et John se retrouvent devant Mustapha Menier, l'Administrateur Mondial résidant en Europe occidentale. Une des discussions qui s'engagent entre Mustapha et John mène à la décision que John ne sera pas libéré et renvoyé chez lui, Mustapha le considérant comme un sujet d'expérience. Bernard et Helmholtz sont respectivement envoyés (au plus grand regret de Bernard) en Islande et aux Iles Falklands (les Malouines) pour y vivre. Ce ne sont que deux des nombreuses îles réservées aux citoyens exilés de l'État Mondial, où Helmholtz pourra devenir un écrivain sérieux et où Bernard vivra en paix. Menier révèle que l'exil vers des îles reculées est fréquemment utilisé pour prévenir des pensées hérétiques. Ceux qui sont envoyés là-bas reçoivent cela plus comme une récompense que comme une punition, puisqu'ils y rencontreront d'autres gens comme eux-mêmes.

    Dans le chapitre final, John tente de s'isoler de la société en se réfugiant dans la périphérie de Londres – dans un phare ; cependant, il est dans l'impossibilité d'y vivre sans convoiter Lénina et il se punit systématiquement, physiquement et mentalement pour de telles pensées. Sa propre flagellation lui vaut la curiosité des médias et des badauds. Il est véritablement harcelé par de nombreux visiteurs, intrigués par la conduite inhabituelle du Sauvage. À la fin du roman, John attaque Lénina alors que celle-ci se joint aux curieux. Le matin, effrayé par ce qu'il a fait et dégoûté de lui-même, il se pend dans la cage d'escalier du phare.

    Analyse 

    Le Meilleur des mondes décrit une société future dotée des caractéristiques suivantes :

    • La société est divisée en sous-groupes, des Alphas aux Epsilons, en fonction de leurs capacités intellectuelles et physiques. L'appartenance à un groupe ne doit rien au hasard : ce sont les traitements chimiques imposés aux embryons qui les orientent dans l'un des sous-groupes plutôt qu'un autre, influençant leur développement.
    • Ces sous-groupes, qui constituent des castes, coexistent avec harmonie et sans animosité, chacun étant ravi d'être dans le groupe où il a été placé. Et pour cause, des méthodes hypnopédiques (répétitions de leçons orales durant le sommeil) conditionnent le comportement de chacun dès le plus jeune âge.
    • La reproduction est entièrement artificielle. Non seulement la notion de parenté ne correspond plus à une réalité courante, mais son évocation est considérée comme vulgaire, voire obscène.
    • La sexualité est détournée pour n'être que récréative et étouffer dans l'œuf les passions amoureuses, celles-ci étant clairement source de tensions (jalousie, possessivité), et donc à bannir de cette société.
    • Le conditionnement dirige les goûts des membres de la société vers des loisirs nécessitant l'achat d'équipements spécialisés au lieu de l'appréciation des passe-temps gratuits ou bon marché. On les conditionne, par exemple, à ne pas aimer la nature, au motif que ce goût n'engendre pas assez d'activité économique. Huxley montre ici les dérives possibles du behaviorisme ou comportementalisme étudié notamment par John Broadus Watson.
    • Les loisirs sont omniprésents à la condition expresse qu'ils soient en groupe. Le sexe sans limite est encouragé dès la plus petite enfance, comme une relation sociale récréative comme une autre.
    • Le soma est une drogue parfaite, sans effet secondaire, qui est distribuée par l'administration. Cette drogue empêche les habitants d'être malheureux. Elle agit sur un mode anxiolytique.
    • Sur le plan religieux, le régime est théocratique. Cela dit, les notions de religion et de théocratie y sont inexistantes et il en va de même pour toutes les autres notions associées à la religion, sauf l'hérésie, qui peut être punie de déportation, et le sacrilège.

    Huxley fonde sa dystopie sur l’aspect utopique d’une société-monde profondément anesthésiée par le progrès scientifique et technique de l’an 600 après Ford. Ce roman pousse à son paroxysme les conceptions sur l'eugénisme qui était alors considéré par la communauté scientifique, et particulièrement par les généticiens et les biologistes, comme une science à part entière. D'ailleurs, Julian Huxley, frère d'Aldous Huxley, était un éminent généticien partisan de l'eugénisme (nommé à la tête de l'UNESCO en 1946). Le Meilleur des mondes dénonce les méfaits de l’utopie en tant que conceptualisation fausse et assujettissante. L’épigraphe qui introduit l’œuvre cloue au pilori l’utopie et invite les intellectuels à l’éviter pour échapper au piège idéologique qu’elle tend :

    « Les utopies apparaissent comme bien plus réalisables qu’on ne le croyait autrefois. Et nous nous trouvons actuellement devant une question bien autrement angoissante : comment éviter leur réalisation définitive ?… Les utopies sont réalisables. La vie marche vers les utopies. Et peut-être un siècle nouveau commence-t-il, un siècle où les intellectuels et la classe cultivée rêveront aux moyens d’éviter les utopies et de retourner à une société non utopique, moins parfaite et plus libre. »

    — Nicolas Berdiaeff

    Ce monde qui se veut parfait évoque déjà celui du Fahrenheit 451 de Ray Bradbury ou d’Un bonheur insoutenable d'Ira Levin. Toutefois, Le Meilleur des mondes est plus souvent rattaché à la littérature générale qu'à la science-fiction, comme d'ailleurs 1984 de George Orwell auquel il est souvent comparé, les deux ouvrages présentant des visions du futur fort différentes. Ici, la liberté a disparu, le doute a disparu mais les gens sont heureux, chacun est à sa place et se réjouit de son sort.

    Le Meilleur des mondes a longtemps été présenté comme une vision pessimiste du futur de la société de consommation. Ce n'est pas seulement un livre de science-fiction mais aussi une métaphore de la société actuelle.

    Qu'un système puisse se charger méthodiquement d'écraser ce qu'il y a d'humain dans l'homme a aussi été décrit par Soljenitsyne dans sa pièce Une petite flamme dans la tempête.

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