• [quotidien/perso]Dérapage

    Ca devait arriver.

    J'ai beau vouloir être de tous les combats, me jeter à fond dans le boulot, dans la formation de mon projet étudiant, de monter mon auto-entreprise pour combler les blancs, et conserver un minimum de loisirs, fatalement, il suffit d'un grain de sable dans la mécanique pour tout faire déraper.

    Ca a commencé avec peu de choses, un détail -certes ennuyeux, mais un détail quand même-: la "perte" de mes honoraires du mois par la compta' de mon boulot, qui n'a toujours pas enregistré ma nouvelle adresse.

    Le mois où je vais être débitée de près de 600€ pour mon premier trismestre scolaire, le mois où, kamikaze, j'ai prévu de fêter mon anniversaire... Le mois où l'administration s'en mêle et m'embrouille les crayons.

    "Pas grave" me dis-je, je viens de loin, j'ai vu pire, je survivrai!Pour avoir passé trois ans à vivre avec un budget alimentaire mensuel de 150€ je peux endurer à peu près n'importe quelle situation la tête haute.

    Et puis la santé a commencé à s'en mêler, manque de sommeil, ce qui n'aide pas à encourager un système immunitaire paresseux. Et les choses ne seraient pas drôles si je n'avais pas quelques allergies propres à l'automne pour compléter le tableau.

    "Pas grave" me dis-je, je viens de loin, j'en ai vu d'autres, je survivrai!

    Insidieusement, je sens que ma patience se réduit, m'échappe. Je perds la notion du temps, de repos, mon horloge interne cherche ses repères quand je me relève à 3h du matin pour poursuivre travail,  rangement, gestion ou autre question logistique. Je deviens acerbe, cassante. Le pire c'est que je m'en rends compte et que je n'arrive pas à changer pour autant.

    Alors je parle moins. Je ne me confie plus. Je me replie sur moi, à peut-être une ou deux exceptions près. Et même à eux, je ne donne que le minimum nécessaire.

    Ils n'ont pas besoin de savoir.

    J'ai quatre fils rouges en parallèle et je donne tout ce que j'ai dans chaque, qu'il s'agisse du boulot, des loisirs, de cet anniversaire attendu de longue date, travaillé de longue haleine, de mon projet de mémoire botanique et de la manière de le rendre publiable, de mon statut d'indépendante au niveau du travail en presse afin de résoudre le no man's land dans lequel je me trouve ou de la micro-entreprise que je monte "en attendant" pour améliorer l'ordinaire.

    Mais j'ai dérapé. Depuis cette histoire de chèque, je ne marche plus tout à fait droit.

    Il y a quelque chose chez moi que je n'aime pas du tout et qui domine, une forme de cynisme lassé, de désillusion crasse, d'aigreur mauvaise, un effet ras-le-bol qui me grignotte comme un parasite et fait de moi une femme que je ne veux pas devenir.

    J'ai l'impression de muter lentement mais surement vers quelque chose qui m'effraie et qui ne me ressemble pas, quelque chose que je déteste et que je ne veux surtout pas devenir, mais vers lequel je glisse de plus en plus.

    J'ai pris conscience de cela lorsque j'ai craqué en faisant au moins une "victime" directe et trois collatérales il y a moins de 48h. Verbalement. Mais ce n'est pas anodin.

    Et cette fois, le "pas grave" ne vient pas. Même si c'était involontaire, même si ce n'était "pas si grave", au sens où nous survivrons tous à ce genre de différent, c'est grave pour moi.

    C'est grave parce que je suis en train de franchir une ligne que je ne veux pas dépasser. Et c'est comme si tout m'y poussait en dépit de toute la volonté possible, j'ai beau me débattre, lutter, la limite se rapproche... Je me cramponne, je me débat, à avoir l'impression parfois d'en devenir folle...

    Je ne veux pas changer, pas pour devenir quelqu'un de dur, de méchant.

    Je préfère reste qui je suis, avec tout ce que ça implique, avec toutes les blessures auxquelles ça m'expose. Je veux rester Elfie.

    Quoi qu'il en coûte.

     

    [quotidien/perso]Dérapage

    Illustration tirée de la galerie de Papermonster

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