• Les enfants des années 80 et d'avant connaissent pour beaucoup le film mythique de Jim Henson réalisé en 1982 (et pour les générations suivantes qui ne l'ont jamais vu, filez vite regarder ce classique). Ce film avait réussi à relever l'ambitieux défi et la prouesse d'un long-métrage de fantasy uniquement en marionnettes. On y suivait le périple de Jen, le Gelfling, qui à la mort de son maître, le plus sage des mystiques devait réparer le cristal de Vérité et rendre à un monde à l'agonie, son unité.

    Intelligente, belle et philosophique, cette histoire est devenue un incontournable des œuvres cinématographiques de fantasy.

    [Série] The Dark Crystal- Age of resistance

    La série The Dark Crystal, - Age of resistance s'intègre à l’histoire de base en tant que prequelle. Et dès les premiers épisodes, l'évidence saute aux yeux qu'il s'agit de l’œuvre majeure d'une armée d'amoureux du film qui ont fait de leur mieux pour respecter le matériel d'origine, tout en y intégrant leur propre travail de manière harmonieuse. Les scénaristes replacent astucieusement les différents jalons de cet univers dès le premier épisode, en y apportant de nombreux détails et précisions. On y découvre les sept tribus Gelflings, et leurs sociétés administrées par des Maudras, reines obéissant toutes à la Grande Maudra.

    L'origine des Skeksès et de l'agonie de Thra est enfin abordée, et les quêtes de Rian, Brea et Deet conduisent petit à petit à découvrir le canevas des événements ayant amené à l'histoire de Jen.

    Les points forts de la série:

    Son esthétique. Le choix d'avoir voulu cadrer au maximum avec l'atmosphère et le rendu du film en privilégiant des tournages "physiques" avec de vraies marionnettes replonge immédiatement dans l'univers de Jim Henson. Le numérique s'y ajoute pour donner une touche de vie aux personnages, notamment à travers leurs mimiques et pour fluidifier leurs mouvements, sans pour autant s'imposer. En résulte une image accrocheuse et fascinante, servie par le travail d'orfèvre réalisé sur les marionnettes et les décors.

    [Série] The Dark Crystal- Age of resistance

    L'histoire: Elle entame une amorce assez simple, et se complexifie sans jamais se perdre en digressions ou en conjectures inutiles. Les enjeux, vite et bien esquissés se croisent et suivent leur dénouement à un rythme addictif, et le travail des personnalités des différents personnages les rend rapidement attachants et accrocheurs. Les archétypes restent relativement classiques, mais leur maîtrise est impeccable et dépourvue d'excès, ce qui tend à les rendre plus "humains". L'intrigue alterne avec justesse l'épique, le sentiment, l'aventure et la quête initiatique.

    Les musiques: la bande-originale signée par Daniel Pemberton est un pur joyau qui s'intègre à merveille dans l'univers auquel il donne d'autant plus de couleurs, de contrastes, d'émotions et de beauté.

    Le ton: certaines personnes le trouveront peut-être un peu trop enfantin, mais le ton est dans la droite lignée de celui employé par le film. C'est le ton du conte, un conte parfois horrifique, parfois effrayant, souvent merveilleux, toujours cohérent. La série s'emploie à apporter quelques réponses aux multiples questions esquissées par le long-métrage en développant un univers qui avait encore tout à révéler. Et c'est un pari remporté haut la main.

     

    Une première saison pleine de richesse qui laisse espérer une suite de la même qualité.

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Oui je sais, le titre fait très "donneuse de leçons" et certaines personnes pourraient répondre que tout est question de point de vue, ce qui peut se défendre avec une bonne série d'arguments.

    Mais force est de constater que certains schémas romantiques éculés ne satisfont pas/plus un lectorat un minimum sélect. La question à se poser est "pourquoi", et l'objectif de ce billet est d'essayer d'y apporter des éléments de réponse.

    " Un jour mon Prince viendra"... ou pas.

    [Analyse]Du romantique à l'émétique, comment bien gérer une romance

    Un des schémas scénaristiques les plus répandus en terme de romance est le suivant: une jeune fille toute naïve, (vierge le plus souvent), parée de la plupart des "qualités" dites "féminines" (modestie, discrétion, calme, élégance, sobriété etc. Les stéréotypes classiques) qui entre brutalement dans le monde des adultes (drame, vie active, promesse d'union politique, etc), et qui rencontre un homme pour qui son cœur succombe dès le premier regard échangé. Le personnage masculin est la plupart du temps dépeint comme homme à femmes désinvolte, un peu vaurien, un peu salaud, et il commence à "jouer" avec ses sentiments, avant de réaliser qu'il est épris lui aussi.

    Bien sûr, seul le personnage masculin sera proactif dans la relation et prendra des initiatives qui pourraient être considérées comme des agressions sexuelles (baisers volés, caresses non-sollicitées, d'une manière générale, des contacts physiques non consentis, mais contre lesquelles l'héroïne proteste rarement. Au passage, on rappellera que céder n'est pas consentir), et que le personnage féminin restera le plus souvent dans l'attente, passif face aux désirs et à l'expérience du perso masculin, voire dans les versions les plus malsaines, s'y refusera en premier lieu, et finira par céder lors d'un viol (si elle n'était pas clairement ok au départ, oui c'est un viol). Charmant, on vous dit.

    Les rares caractéristiques dont le personnage féminin sera éventuellement doté pour tenter de donner le change, et montrer un semblant de personnalité rejoindront la plupart du temps le stéréotype de la femme-enfant: entêtement, tendance au caprice, indécision, bouderie. Que l'on ne s'y trompe pas, ces traits de caractère extrêmement  communs, et propres à l'enfance, sont insuffisants pour brosser une personnalité complexe. Un personnage dont le profil psy se résume à ça est un personnage vide, comme il en existe des milliers. Si votre personnage répond à cette description, félicitations: c'est un stéréotype.

    La base étant posée, continuons.

    Ce qui "marche" dans ce schéma, c'est qu'il fait écho à une vague réminiscence de "l'amour courtois", ce mythe souvent idéalisé comme la quintessence historique de la séduction... Alors qu'il repose sur le droit tacite des hommes, coincés dans un mariage de raison malheureux, de séduire les femmes de leur choix, tant que leur relation ne va pas jusqu'à la bagatelle. Oui c'était ça l'amour courtois au départ: un contournement de l'adultère. C'est moins charmant, tout de suite.

    Les femmes d'hier et d'aujourd'hui, élevées et éduquées avec l'idéalisation de ce mythe, ont été conditionnées à percevoir le schéma scénaristique ci-dessus comme intrinsèquement romantique, parce qu'il repose sur le modèle de la belle princesse attendant prisonnière de la tour le preux chevalier qui viendra la délivrer. Les femmes ont été élevées avec ces modèles, et avec le message tacite que si elles sont vertueuses, belles et sages, et qu'elles attendent humblement en baissant les yeux, elles vivront elles aussi cette histoire, et que ce sera merveilleux.

    Quand ça se produit vraiment, ça ne l'est pas (merveilleux). Et l'immense majorité des femmes ayant déjà connu cette situation le sait. Pourtant, le mythe se perpétue, et avec lui le mensonge.

    Pourquoi ce mythe a vécu, et ne correspond plus à la société d'aujourd'hui:

    Parce que la place des femmes est en train de changer. Certaines personnes le déplorent (très souvent des hommes, parfois quelques femmes qui tentent encore de s'accrocher aux illusions romantiques avec lesquelles elles ont grandi. Et pour certaines se perdent dans le bovarysme, faute de trouver la concrétisation de leurs fantasmes dans la réalité), mais si l'on défend un quelconque idéal de justice, et que l'on est cohérent, on ne peut s'y opposer. Les femmes, petit à petit, revendiquent de décider pour elles-même, de mener leur propre vie, et de ne pas être définies par leur capacité de séduction vis à vis des hommes, ou leur éventuelle situation de couple. Cela semble légitime pour les hommes n'est-ce pas? Ça ne l'est pas moins pour les femmes. Les femmes ne vivent pas au travers de leur capacité à aimer les hommes et à leur plaire, nous sommes beaucoup plus que ça.

    Et c'est ce qui rend émétique le schéma romantique évoqué plus haut : il ne considère l'existence et la valeur de ces personnages féminins qu'à travers le prisme de leur séduction hétérosexuelle (la plupart du temps, une sensualité latente et une tension sexuelle sont bien décrites avec le physique de madame), et leurs sentiments, réciproques ou non vis à vis d'un homme. Elles n'ont pas d'existence propre en dehors de ce schéma qu'elles ont appris à idéaliser. Ce qui revient à n'en faire littéralement que des intérêts romantiques, et ce, même s'il s'agit de personnages principaux.

    Le plus pervers, c'est qu'il y a là-derrière un cercle vicieux: on adresse aux fillettes et aux femmes des fourgons d'histoires bâties sur ce principe, conditionnant leur vision des relations et des interactions romantiques, et ce conditionnement influence leur imagination, ce qui les pousse à leur tour à écrire des histoires basées sur ce schéma qu'elles ont appris à idéaliser, le plus souvent inconsciemment. C'est d'ailleurs pour cette raison que tant d'autrices de romance en usent et en abusent. (A ce titre, un petit rappel important: un récit n'est pas automatiquement "féministe" s'il est écrit par une femme.)

    Ce cercle est pervers, parce qu'au-delà du divertissement sur le prétexte duquel il repose, il entretien des illusions toxiques qui ont de véritables répercussions sur les femmes et les filles dans leur perception des relations amoureuses. C'est pourquoi, il est temps de briser le cycle.

    Il est temps de réinventer la romance:

    Il est plus que temps de repenser la romance, non plus en terme de fantasmes que l'on a appris à aimer à la lueur des contes pour enfants où la gentille et belle princesse se languit de son prince parti à l'aventure, mais sans œillères, sans miroir déformant. En étant conscient du potentiel des femmes, de leur capacité à savoir ce qu'elles veulent, à maîtriser leurs vies, à décider pour elles-même. A être belles et touchantes sans forcément être attirantes physiquement. A avoir le droit de vieillir, d'être imparfaites, d'avoir des vrais défauts, et des qualités dites "masculines" (détermination, audace, courage, ambition etc).

    Il est temps d'écrire des femmes qui ne soient pas des stéréotypes, des femmes qui soient VRAIES, accessibles dans leur humanité, dans leurs forces et dans leurs failles, sans tomber dans les stéréotypes des mères courages et des amantes éperdues. Et il est temps que les personnages masculins apprennent à les aimer pour ce qu'elles sont dans leur intégralité, et pas pour leur capacité à leur faire hisser le mât.

    D'ailleurs, il est temps d'écrire de VRAIS personnages masculins, avec toute la richesse des caractéristiques humaines que la palette de la psychologie peut offrir. Des hommes fait de doutes et de certitudes, mais aussi de moments de peur, d'abandon, de tristesse, de confusion. Des hommes qui acceptent de lâcher prise parfois, et de ne pas tout maîtriser tout le temps. Des hommes qui regardent les femmes comme ils se regarderaient, eux: avec la même capacité d'estime ou d'empathie, avec la même tolérance, avec la même humanité. Il est temps d'écrire des personnages vivants, qui sachent être plus que ces fichus stéréotypes avec lesquels on nous bourre la tête dès l'âge de trois ans.

    Et pour finir, il est temps de laisser à une relation le temps de se construire. L'amour au premier regard est un mythe éculé. Quiconque ayant aimé un jour le sait, on aime pour une foule de raisons qui dépassent le désir charnel: des traits de personnalité, des valeurs communes, du temps et des événements traversés ensemble... Liste non-exhaustive.

    L'amour au premier regard n'est fait que de désir, et le désir est instable et éphémère par définition. Il cesse de lui-même si rien ne l'alimente et ne le relaye au niveau des sentiments. Et une relation qui n'est dépeinte de bout en bout que par la tension sexuelle (masculine la plupart du temps, parfois réciproque, mais ce n'est pas la tendance majoritaire) n'est pas une relation d'amour, mais l'histoire d'une aventure, qui devrait s'essouffler sitôt le désir des personnages satisfait.

    En définitif, écrire une bonne romance implique de s'éloigner des clichés, comme on éviterait les sophismes dans une discussion rationnelle: plus est réalise et cohérent, plus on a des chances de convaincre. Cela requiert aussi de camper une psychologie des personnages aboutie, et de se donner le temps et la place de développer l'histoire de leurs sentiments.

    A titre personnel, j'ajouterais que les meilleures romances sont celles qui ne prennent pas toute la place dans un récit, et qui laissent respirer les personnages, en leur donnant la place et la possibilité d'exister indépendamment l'un de l'autre.

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire