• [Réflexion] Qui du roman ou de l'autrice/auteur fait l'autre...?

    Les personnes qui fréquentent ce blog le savent, l'écriture m'intéresse beaucoup, à la fois en tant que lectrice, et en tant qu'apprentie autrice. Certaines me trouveront peut-être assez culottée de me permettre d'émettre des jugements sur les personnalités qui gravitent dans ce milieu, toutefois, il y a des constats intéressants à poser rien qu'en tant qu'observatrice.

    Quand on scrute un peu le milieu des autrices et auteurs, on réalise très rapidement que c'est un petit monde où l'ego est très présent. Il est en effet "facile" d'imaginer acquérir une notoriété à peu de frais, en faisant de surcroît une activité intéressante.

    C'est une illusion.

    Le monde de l'écriture, surtout en France et à plus forte raison au cœur de la crise générée par la pandémie covid-19 est un monde qui laisse énormément de talents sur le bas côté, et où le succès est pour très grande partie lié à la chance (et pour le reste a un travail acharné de promotion de l'auteur/autrice en premier lieu).

    Si vous voulez démarrer dans l'écriture, faites-le avec la conscience que vous avez statistiquement bien plus de chances de rester anonyme que de percer. Cela peut sembler défaitiste annoncé de la sorte, mais c'est la réalité de ce secteur. Et ce n'est pas si triste, tout dépend de vos objectifs en commençant à écrire.

    Je dirais qu'il existe deux catégories d'auteurs/autrices: celles et ceux qui écrivent et entament le parcours éditorial pour donner un caractère "officiel" à leur travail, et celles et ceux qui veulent être (re)connu.es, leur travail d'écriture n'étant qu'un moyen d'y parvenir, et finalement une part négligeable de leur démarche.

    Personnellement, je trouve cette seconde démarche d'une grande tristesse, parce qu'elle me semble révéler finalement un manque qui ne sera jamais comblé. Les personnes qui répondent de ces comportements ne sont jamais satisfaites de ce qu'elles ont, même quand leur cheminement est déjà honorable, elles ne sont jamais assez connues et reconnues, elles veulent toujours plus, et voient exclusivement ce qu'elles n'ont pas encore. Cela implique aussi une écriture à mon sens "artificielle". Lorsqu'on écrit, non pas parce qu'on a une idée d'histoire et qu'on suit l'impulsion de l'inspiration, mais par calcul, quoi qu'on en dise, cela se ressent sur la qualité du résultat.

    Il y a dans une démarche d'écriture spontanée une sincérité qui ne se feint pas. Cela n'implique ni le talent ni la réussite qui sont pour l'essentiel le résultat d'énormément de travail, de remise en question, de concession en pliant son ego pour le ranger dans sa poche, mais la spontanéité de l'inspiration ne s'invente pas. Et quand elle manque, le texte s'en ressent.

    J'ai lu certaines personnes revendiquant un parcours d'écriture prétendre avec morgue que l'inspiration n'existe pas. Je suis triste pour elles, parce que j'ai le sentiment qu'elles passent à côté de quelque chose de majeur. Elles n'entendent pas, elles ne ressentent pas cette vibration, ce souffle incroyable, unique et si difficile à décrire, cette fièvre qui peut tenir éveillé des heures durant, rien que pour mieux poser et ordonner un synopsis et tracer les premiers schémas scénaristiques. Elles ne connaissent pas cette intense satisfaction d'écrire pendant une heure pour terminer la séquence qui hante votre esprit et brûle vos doigts. Nier la part d'instinct créatif de l'écriture, c'est occulter le principal moteur des artistes, celui que la volonté consciente ne commande pas.

    Mais l'inspiration seule ne suffit pas. Comme mentionné plus haut, la condition indispensable à tout parcours éditorial est l'acceptation d'un travail acharné, de remise en cause, d'exposition au regard et au jugement d'autrui. C'est violent, parfois douloureux si on s'expose à un avis sans complaisance, mais c'est ce qui permet d'élever un manuscrit.

    Oui, un manuscrit, pas une personne. Parce que dans la vie d'un livre, ce n'est pas vous qui finissez par être reconnu en premier lieu. On aime un auteur ou une autrice pour ses romans, rarement l'inverse ( à moins que cette personne ait un niveau et une réputation en béton armé, n'est-ce pas J-K Rowling?)

    Dans le cycle de vie d'un roman, l'auteur/l'autrice n'est que la personne qui crée et qui présente, ce que le public achète, c'est le livre. Ce qu'avec énormément de chance, le public reconnaîtra chez vous, c'est le livre. Ce que le public peut ne pas du tout aimer, ce n'est pas vous, c'est le livre. C'est votre livre qui éveillera des sentiments chez les gens qui l'auront lu. Ce n'est donc pas un moyen de vous faire mousser (surtout vu le niveau d'investissement que requiert l'écriture, ce serait un calcul extrêmement mauvais d'écrire pour la gloire étant donné le temps/ la masse d'efforts requis pour la plupart du temps de petites ventes et peu de visibilité). Et si c'est vraiment l'attention que vous recherchez, peut-être que vous vous êtes trompé de secteur, et que la performance artistique vous conviendrait mieux.

    Il me semblait important de démystifier le statut d'auteur/autrice vu le nombre de personnes qui semblent penser qu'il suffit de le revendiquer pour accéder à la popularité, et qui sont déçues en se heurtant à la réalité.

    Être édité à compte d'éditeur est déjà une victoire des plus respectables, ce n'est pas quelque chose que tout le monde réussit. Cela peut sembler cruel à dire, mais ainsi fonctionne le monde du livre: bien souvent, pour une place dans un catalogue éditorial, il y a des centaines de refus de manuscrits.

    Être édité, c'est déjà officialiser l'histoire que vous avez créée, peu importe combien de gens la liront: elle vous survivra. Vous avez donné vie à quelque chose.

    Ceci étant, les autres ne vous doivent pas automatiquement reconnaissance pour cela. Là encore, ce propos peut sembler dur, mais accéder à l'édition ne donne pas "droit" à la gloire et à la popularité. Elles vous seront accordées si vous avez de la chance et que votre texte sait convaincre les personnes qui le liront.

    On considère souvent la distinction entre auteur/autrice et écrivain/écrivaine par le niveau d'installation dans le monde de l'écriture (nombre de textes édités, notoriété, etc). A mes yeux, on est auteur/autrice à partir du moment où l'on crée son projet d'écriture, mais on n'a les dispositions pour devenir écrivain/écrivaine un jour que si l'on écrit pour répondre à une idée, à une inspiration et qu'on fait de son projet un but. Si on se donne pour objectif de devenir auteur/autrice pour glaner un peu de prestige/ de validation/ d'admiration, que l'écriture n'est qu'un moyen, et le projet une simple recherche de ce qui peut marcher, on passera toujours à côté du sens profond du principe de création. C'est pourtant cette force qui fait les écrivains/écrivaines, pas le nombre de leurs ventes.

    La reconnaissance, la visibilité, la notoriété viendront peut-être un jour si vous avez beaucoup de chance et que vous ne ménagez pas votre peine pour créer les textes les plus ambitieux possibles! (Attention, "ambitieux" ne veut pas dire "vous lancer dans des intrigues que vous ne vous sentez pas capable de gérer", tout doit rester à votre mesure et surtout, en accord avec votre inspiration. Mais il ne faut pas avoir peur de revenir sur votre texte aussi souvent que nécessaire pour en affiner le style, pour en vérifier la cohérence, pour vérifier que votre intrigue se tient, que votre contexte est homogène et ne se contredit pas, pour donner de la profondeur à vos personnages, pour vérifier les mots que vous utilisez rarement, etc).

    Être Best-seller n'est pas un dû à réclamer à partir du moment où vous êtes publié!

    Dans l'intervalle, si vous suivez votre cœur dans votre entreprise, vous réaliserez que le plus magique réside dans la fondation de votre projet, depuis son "squelette" avec l'élaboration de votre synopsis et de vos plans/ vos premières notes, jusqu'à l'instant d'écrire le mot "fin". Vos personnages deviendront vos amis, vos contextes peupleront vos pensées, vos intrigues vous hanteront. L'édition ne sera qu'une manière de donner une réalité concrète à tout cela, mais la magie viendra de ce que vous donnerez à vos textes.

    Certes, cela ne correspondra pas à tout le monde, mais cet état d'esprit permet au moins de trouver une profonde satisfaction dans l'écriture sans jamais être déçu. Si vous écrivez parce que vous en ressentez le besoin, que vous aimez ça, et que vous avez les idées sans les chercher, ce domaine vous apportera toujours une grande satisfaction indépendamment de toute notoriété.

     

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