• [Reprise] Cinquante nuances de bon sens -Partie 3- Cadeaux

    Une semaine s'était écoulée depuis l'incident du pub, et Ana nageait en pleine confusion. Tant de questions l'avaient assaillie depuis l'intervention de Grey: pourquoi l'avait-il fait tracer? Pourquoi semblait-il être partout sur sa route, quoi qu'elle fasse, où qu'elle se trouve?

    Dans d'autres circonstances et avec d'autres méthodes, elle aurait pu trouver cela flatteur et de bon aloi, mais ce mépris total des lois, des règles et de sa propre volonté lui inspirait une crainte glaçante. Son instinct lui soufflait que cet homme était dangereux.

    Elle quitta la clinique où était hospitalisé José. Son ami était aussi perplexe qu'elle pouvait l'être quant au déroulement de cette soirée, mais vantait Grey avec reconnaissance. Ana ne lui avait pas fait part de l'ensemble des détails. Pour l'instant, il n'avait pas besoin de savoir, il s'inquiéterait toujours trop tôt.

    Trop énervée pour rentrer, Ana décida de prendre le chemin des écoliers, ne souhaitant pas affronter Kate. L'idée d'un logement individuel refit son chemin, comme souvent lorsqu'elle ressentait un besoin d'intimité. Elle décida donc de profiter de sa sortie pour faire le tour des annonces immobilières et de se renseigner sur un logement dans ses moyens. Rien qu'elle ne se sente prête à prendre dans l'immédiat: il lui fallait déjà attendre les retours de ses candidatures professionnelles pour déterminer où elle allait s'installer. Toutefois, se renseigner lui donnerait un ordre d'idées au niveau du budget qu'il lui faudrait débloquer.

    Une agence proprette l’accueillit, le conseiller, un homme élégant lui délivrant un catalogue d'annonces en s'excusant, combiné à l'oreille, de ne pouvoir se défaire de son appel téléphonique. Ana profita de ce temps pour feuilleter les annonces, retenant celles qui lui semblaient le mieux correspondre à ses souhaits. Une fois son appel terminé, le conseiller lui accorda un court entretien au terme duquel Ana quitta l'agence, une dizaine d'annonces en main. Deux d'entre elles avaient ses faveurs, et l'idée de prendre son envol était grisante, toutefois elle réfreina son enthousiasme, s'obligeant à mettre son avenir professionnel au premier plan.

    Au moins, l'espace de quelques temps Grey n'occupait-il plus ses pensées, car le malaise était d'autant plus grand pour elle que l'homme la troublait. Il la terrifiait et la fascinait, et il était indéniable qu'il l'attirait. Pas assez cependant pour qu'elle en oublie tout sens commun.

    La vitrine d'une librairie attira son regard et elle parcourut les titres des yeux avec un fin sourire. Pourquoi pas? Elle ne s'était plus donnée le temps de lire depuis la cérémonie de fin d'études et cela lui manquait. Elle passa la porte de l'échoppe, inspirant profondément ce parfum si caractéristique de papier neuf et de vieux volumes, la boutique vendant également des occasions. Un Hemingway eut sa préférence, accompagné d'un Fitzgerald qu'elle n'avait pas encore lu. Cela lui ferait bien la semaine.

    Ses achats payés, elle regagna pénates le cœur plus léger, s'apprêtant à s'accorder un petit moment de détente. Kate était sortie. Avec un soupir de bien-être, elle s'enfonça dans le canapé, ses pieds nus cramponnant mollement son plaid pour s'accorder un moment de lecture bien méritée, lorsqu'on sonna à la porte.

    Elle eut un nouveau soupir, de lassitude cette fois et se leva pour ouvrir. Un livreur portait un colis énorme.

    - Mademoiselle Steele?

    - Oui... fit-elle incrédule. Elle n'avait rien commandé. Etait-ce un cadeau de la part de Ray? C'était bien du genre de son beau-père de faire une folie pour fêter son diplôme!

    - Vous voulez bien signer ici?

    Ana s'exécuta, légèrement excitée à l'idée de découvrir ce que son déraisonnable beau-père avait pu lui offrir.

    Le livreur lui remit le paquet et repartit. Le colis était lourd, Ana le posa avec précautions sur la table basse et l'ouvrit avec empressement, s'aidant d'une lame de ciseaux pour rompre le ruban adhésif. Au prix d'une bagarre avec l'emballage polystyrène, elle extirpa du paquet un Macbook flambant neuf.

    Voilà qui n'était pas du tout du genre de Ray.

    Ana retourna la boîte afin de trouver l'étiquette de référence pour chercher l'adresse d'expédition et faillit tout lâcher en y lisant "Christian Grey".

    - Non... fit-elle pour elle-même, hésitant entre la perplexité, l'agacement et la gêne.

    Vu la manière dont ils s'étaient quittés, elle ne s'attendait à rien de ce genre...

    Que lui voulait-il à la fin? Pensait-il réellement qu'elle était de ce genre de femmes que l'on peut acheter avec des cadeaux? Après tout, il lui avait déjà envoyé des éditions originales hors de prix... Qu'elle s'était empressée de lui retourner. N'avait-il pas encore compris qu'elle n'adhérait pas à ce genre de méthodes?

    Elle fouilla l'emballage et finit par y trouver un mot.

    "Veuillez accepter ce cadeau, à titre de gage de paix et de présent de fin d'études

    Christian Grey."

    Elle contempla un instant l'ordinateur portable sur ses genoux et le replaça soigneusement dans son emballage puis dans le colis, avant d'attraper son bon vieux notebook universitaire et d'ouvrir sa boîte mail. Elle avait sa carte quelque part -il la lui avait donné lorsqu'il avait accepté le shooting photo pour l'article de Kate. Après avoir fouillé ses affaires de cours, elle revint avec le carton et entra l'adresse destinataire, afin de mettre les points sur les "i".

    Cher monsieur Grey,

    Je vous remercie pour le présent que vous m'avez envoyé, toutefois il m'est impossible d'accepter une offrande de cette valeur. Je vous le retournai donc dans les plus brefs délais.

    Je lis dans votre message "à titre de gage de paix" et cette requête m'intrigue. Je souhaiterai donc, avec votre accord que nous nous rencontrions pour discuter.

    En vous remerciant

    Cordialement

    Anastasia Steele.

    Son doigt resta un moment en suspend avant de cliquer sur "envoyer". Voulait-elle réellement discuter avec lui? Ouvrir le dialogue donnerait une prise sur elle à Grey. Sa conscience l’alertait qu'il s'agissait d'une mauvaise idée, que cet homme n'avait manifestement de limites que celles qui lui plaisaient, qu'il y avait quelque chose de dangereux chez lui... Mais Ana voulait comprendre. Elle voulait savoir. Après tout, une question sans réponse était comparable à un livre inachevé: ce n'était qu'un chemin à moitié parcouru.

    Par honnêteté envers elle-même et envers Grey, elle devait lui parler, lui poser toutes les questions qui la taraudait, et lui permettre de s'expliquer.

    Quitte à couper les ponts si ce qu'elle apprendrait de cet entretien confirmait ses craintes.

     

     

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