• [Série]Doctor Who S 8, mais où donc est le Docteur?

    Alors oui, j'ai fait mon billet d'humeur sur le double épisode de fin avant d'avoir fini la série, mea culpa. Certains épisodes ayant franchement ébranlé mon enthousiasme Whovian, la poursuite de cette saison est longtemps restée incertaine pour moi et la motivation manquait pour les faire dans l'ordre.

    Ceci étant un billet d'impressions, cet article n'a pas valeur de jugement mais d'opinion. Une précision qui me semble importante pour tous les Whovians qui prendraient mal ce qui va suivre. Non je ne suis pas scénariste/réalisatrice, et je ne peux y prétendre. Mais en tant que public, j'ai le droit d'aimer ou non, d'estimer sur ma propre échelle d'appréciation la qualité d'une série.

    Ce qui est vrai pour moi ne l'est pas pour tout le monde, donc si vos avis divergent, n'hésitez pas à les exprimer par commentaires histoire d'enrichir un peu le sujet ;) Un bon débat n'est pas fait par un seul son de cloche! ;)

     

    [Série]Doctor Who S 8, mais où donc est le Docteur?

    Attention, ceci est une alerte spoilers car des contenus de la saison 8 vont être révélés ici. Si vous n'avez pas encore regardé ces épisodes, veuillez renouveler votre visite ;)

    *

    *

    *

    *

    *

    *

    *

    *

    *

    Or donc, cette saison 8...

    Pour être honnête, il s'agit de la première saison que j'ai regardé dans le désordre parce que:

    Le Docteur lui-même

    [Série]Doctor Who S 8, mais où donc est le Docteur?

    La fracture entre le Onzième et le Douzième était trop grande. Pourquoi trop grande? Pas par rapport à l'âge, ce n'était du reste pas le premier "vieux" Docteur de la série, et Capaldi a déjà fait ses preuves au niveau de son jeu d'acteur. La fracture vient de la nature même de Douze. A chaque transition, la nouvelle incarnation avait de nombreux traits communs avec la précédente, tout en ayant une personnalité différente. Eccleston était farfelu, orgueilleux grave et passionné, Tennant était grave, farfelu dans un autre registre et amoureux de toutes formes de vie, idéaliste et profondément altruiste, Smith était farfelu dans un troisième registre, tendre, passionné et idéaliste... Et Capaldi... Et Capaldi...

    Eh bien c'est difficile à dire. Capaldi donne l'impression de n'avoir de place que pour un sentiment à la fois. Il est profondément égocentrique, plus que ne l'étaient les trois précédents, plus orgueilleux même que la plupart des "vieux" Docteurs, mais ne contrebalance pas vraiment avec cette tendance sympathique qu'avaient les autres incarnations, chacune à leur manière. Il a certes ses bons moments, mais ils sont beaucoup plus rares et discrets qu'on pourrait l'espérer.

    Trop de défauts, des qualité trop ténues:

    Ce qui a toujours rendu le personnage charismatique quelque soit son incarnation était le juste équilibre qualités/défauts. Douze met en avant beaucoup d'orgueil, de la vanité, de la condescendance quand ce n'est pas du mépris. Même si ces traits donnent un genre au personnage, exploités de la sorte, ils ne laissent pas assez de place au reste.

    C'est le premier Docteur que son Compagnon gifle à plusieurs reprises dans une saison, et il y a certaines claques qui se sont perdues en chemin; certains moments où Clara a été encore trop indulgente et trop patiente.

    D'un point de vue psychologique, le Docteur tranche tellement avec tout ce qu'il a pu être depuis au moins 2005 que c'en est plutôt perturbant de se dire que les incarnations Eccleston, Tennant et Smith sont supposées être quelque part en lui... Quelque part très très bien cachées alors...

    La froideur/le détachement:

    Tous les Docteurs précédents avaient leur part d'ombre et aussi une part de bonté populaire, de gentillesse, et d'empathie qui leur donnait une grande partie de leur charisme. Et toutes les incarnations jusqu'à Onze donnait la sensation de savoir où elles allaient. Douze a l'air d'errer au petit bonheur ou pour tenter d'épater Clara et de ne se mêler des intrigues que quand son intérêt personnel est en jeu (Il intervient dans Flatline à partir du moment où il acquiert la certitude qu'il y a un rapport entre l'intrigue et ses problèmes avec le Tardis). Contrairement à tous les autres Docteurs tournés vers la protection de la vie et des espèces intelligentes, Douze fait simplement preuve de curiosité envers les créatures qu'il croise, mais sans plus.

    Le sacrifice des autres:

    C'est le premier Docteur qui n'accorde pas de réelle importance à la vie des autres et qui considère le sacrifice parfois comme un mal nécessaire (La momie de l'Orient Express, Flatline, Kill the Moon) . Certes depuis la perte des Pond, Onze avait un peu viré à l'aigre (ce que l'on pouvait d'ailleurs regretter selon les sensibilités), mais dans le cas de Douze, on frise presque l'indifférence... Et ce détail contredit tout ce que le Docteur a été avant. L'exemple le plus frappant étant "Kill the Moon" où Douze remet entre les mains de Clara une décision de vie ou de mort d'une créature dont elle ignore l'impact à l'échelle planétaire...

    Les paradoxes temporels:

    Il ne s'agit pas seulement du Docteur sur ce point, mais tout part de lui: dans la S8, le principe des paradoxes temporels interdit de se croiser soi-même, de remonter le cours de certains événements ou de participer à d'autres. A la limite, si cette saison avait été le début d'une nouvelle série, pourquoi pas, ça tient la route, c'est cohérent. Le problème, c'est que cette règle de paradoxe n'a jamais été appliquée durant les sept saisons précédentes, que le Docteur s'est déjà rencontré plusieurs fois, qu'Amy Pond s'est vue enfant, que des versions des Tyler ont voyagé d'un monde parallèle à l'autre et bis repetita. Pourquoi d'un seul coup réécrire les règles? Si Moffat avait démarré une série là dessus, ça n'aurait pas été choquant. L'ennui c'est qu'il a simplement poursuivi une série qui avait déjà sa propre logique qu'il a complètement démontée en une saison. Et ça, c'est dommage.

     

    ...En définitif, le syndrome de Dieu... C'est l'impression générale que donne Douze lorsqu'il joue les arbitres avec une complaisance paternelle et hautaine envers le genre humain (et merci MERCI à Clara de lui renvoyer ce comportement en pleine figure dans Kill the Moon! Malheureusement au jugé des épisodes suivants, le personnage n'a pas tout à fait compris le message...)

    Un retour aux sources..?

    Ce Docteur tranche tellement avec ceux de la reprise 2005 qu'on peut se demander s'il n'a pas été créé comme un reboot de la série en faisant sévèrement de l’œil au tout premier Docteur... Celui des années 60. Sauf que cinquante ans ont passé. Le contexte, les moyens, les décors, l'histoire, et surtout LES SPECTATEURS ne sont plus les mêmes. Ceux qui suivent DW aujourd'hui suivent un nouveau souffle, un regain qui a gagné en force ces dix dernières années. Le nier, le balayer d'un revers de main pour tenter une RAZ du perso "pour gagner du public" risque plus probablement d'en faire perdre. Oui, la série a prit une nouvelle patine, les effets spéciaux sont plus jolis (ironique si on part du principe que le Docteur a été rebooté, les ES auraient dû suivre!), les moyens sont plus importants, mais la série se délite. Dans les commentaires, une partie du public salue les performances visuelles, osef le scénario. Mais est-ce vraiment ça, l'esprit "Doctor Who"? Est-ce vraiment ce genre de public que Moffat veut gagner?

     

    L'absence de Riversong

    Le personnage très populaire de River alias Melody Pond manque cruellement à l'écran et donne la sensation que d'un point de vue intrigue, une page a été tournée. Le côté malicieux et intrépide du personnage est reprit vaille que vaille par Clara Oswald, qui demeure une compagne géniale. Malgré tout, l'absence de River a laissé un vide dans la trame de l'histoire... Et sa voix de la raison manque à cette incarnation pour déterminer un parcours cohérent...

    Les intrigues

    On ne va pas se mentir, c'est dur de faire du neuf sur une série qui a plus de cinquante ans, et c'est donc un sacré défi scénaristique de se renouveler (d'où peut-être l'intérêt d'envisager plus de scénaristes d'ailleurs et à Moffat de déléguer un peu... ) Certaines idées étaient très bonnes (le début de Listen vendait du rêve côté épouvante, Into the Dalek était plutôt original, Flatline était très bon jusqu'à l'intervention de Douze -qui a torché la fin un peu trop vite et un peu trop facilement, ce qui renvoie au syndrome de Dieu du reste...)mais leur développement...

    Listen est l'exemple type du pitch intéressant mais mal géré: Des terreurs nocturnes, des mains qui attrapent les chevilles des gens qui s'essayent sur leurs lits, cette question qu'on se pose tous "sommes-nous vraiment tout seul"? L'ambiance est angoissante, l'intrigue haletante... Jusqu'à Rupert Pink. Jusqu'au monologue de Douze alors qu'il tourne le dos, lui Rupert et Clara à un être non identifié qui s'est introduit on ne sait comment dans la chambre... L'atmosphère s'affaisse déjà sur le laïus de Douze, mais elle disparaît complètement après, lorsque le scénario part dans une autre direction: le passé du Docteur... Sur Gallifrey (Gallifrey? ce n'est pas cette planète censée être inaccessible au Tardis, et que le Docteur cherche à rejoindre depuis 2000 ans? La même Gallifrey qu'à la fin du double épisode, Douze cherche toujours?)

    Passé dans lequel Clara intervient en réécrivant tout sans le faire exprès... Mais le Docteur qui a souvenir de chaque seconde ne se rappellera pas du son de sa voix 2000 ans plus tard? Pourquoi les siens disent de lui qu'il ne deviendra jamais un "vrai Seigneur du Temps"? Ce serait comme dire de Clara qu'elle ne deviendra jamais un véritable être humain. On parle d'une espèce intelligente, pas d'un statut social... Une mention scénaristique précisée probablement pour expliquer aux spectateurs qui est ce petit garçon qui pleure... Mais quel rapport avec le petit-Rupert-Pink- futur-Danny-Pink? Et avec l’astronaute-Pink-du-futur?? (vu la fin du double-épisode, j'espère pour lui qu'il a eut le temps de se reproduire, sinon ça part en nécrophilie... *gloups* Oui parce que pour rappel, aux yeux de Moffat, le temps ne peut être réécrit... Comprenez bien "quand ça l'arrange", merci principe de la géométrie variable!)

    Quelle est la corrélation entre ce fameux souvenir du Docteur et le concept du monstre sous le lit pour le reste de l'univers? Faut-il comprendre que les terreurs nocturnes d'un petit Seigneur du Temps ont influé directement sur celles de milliards d'êtres vivants aux confins de la galaxie? (syndrome de Dieu...)

    "Listen" est un exemple, mais il y a pas mal de failles de logique dans d'autres épisodes (beaucoup plus en tout cas que dans les saisons précédentes) et c'est dommage. D'autant que la dureté du personnage principal pousse moins à l'état de grâce du spectateur: il doit faire ses preuves et le Docteur, l'homme complexe bon et torturé n'est pas là...

    Pour essayer de finir malgré tout sur une note positive, la fraîcheur de la série est sauvée par Clara qui sur ce plan remplace admirablement le Docteur pour donner une touche tendre et décalée, pour jouer l'interface sur le monde et pour être délicieusement géniale. Le travail du mental dur de Douze la fait d'autant plus ressortir comme une jeune femme incroyable et brillante. Elle le reste presque tout au long de la saison, mais connaît un final un peu décevant (au sens où elle est passive presque toute la deuxième partie du dernier épisode et sa "présence" manque beaucoup à l'écran.)

    [Série]Doctor Who S 8, mais où donc est le Docteur?

    Un changement radical qui n'a pas tenu ses promesses si l'on en juge par les chiffres d'audience en Grande Bretagne. Plus de 9 millions de téléspectateurs en début de saison, moins de 8 millions à la fin, les chiffres les plus bas depuis la reprise 2005 de la série. Une barre qui semble difficile de redresser pour la future saison 9...

    [Série]Doctor Who S 8, mais où donc est le Docteur?

    Source: Wikipédia

    Je m'estime Whovian. Pourtant, je ne peux pas aimer cette saison simplement parce qu'elle a le label, le Tardis, le sonic et le générique Doctor Who. Le fanatisme inconditionnel perd pied avec les motivations réelles de l'amour de quelque chose, qu'il s'agisse de livres, de série, ou de films. Aimer c'est aussi être capable d'esprit critique.

    J'aime cette série pour ce qu'elle apporte, pour ses histoires, sa logique envers elle-même et son personnage principal, complexe et bon. Cette saison 8 a révolutionné beaucoup de choses, peut-être trop, et je ne peux pas prétendre l'aimer pour la signature DW si elle n'en a -à mon sens- pas l'âme. A savoir que si Moffat continue dans cette direction, la série s'arrêtera officiellement pour moi à la fin de la saison 7...

    [Série]Doctor Who S 8, mais où donc est le Docteur?

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :