• [Sketch]Je me marre -Coluche

    Je me marre (1974)   

     

     

    Je me marre...
    Tout le monde se plaint maintenant ; alors, vous ouvrez le journal pour apprendre que 20 Portugais, hommes, femmes et enfants, vivent dans la même pièce, un taudis dégoûtant, une photo. C'est horrible ! Je dis non !
    Ces gens là n'ont pas de raison de se plaindre, on n'est pas allés les chercher ! Et puis qu'est-ce que c'est que ces Portugais qui viennent retirer le pain de la bouche à nos Arabes ?
    Je me marre...
    Sans compter que sur 20 Portugais y en a quand même un qui pourrait faire le ménage.
    Ah ! non mais, le personnel c'est une calamité. Alors, on vous dit : " Ah ! Mais ce sont de braves gens. Y sont venus chercher du travail de France. " C'est pas vrai ! Feignants ! Ils sont venus chercher du chômage en France. Tellement que c'est pauvre dans leur pays, y a même pas de chômage !
    Je me marre...
    Parce que pour qu'il y ait du chômage quelque part, il faut déjà qu'il y ait du travail.
    En France, y a les deux, seulement quand il y a du travail, les travailleurs se plaignent de travailler. " Oui, on travaille trop, on n'est pas assez payés, on nous fout à la porte quand on est du syndicat. "
    Seulement, quand il y a du chômage, les chômeurs se plaignent de chômer. Voilà. Et on ne peut même pas concilier les deux en remplaçant les uns par les autres, c'est les mêmes !
    Je me marre...
    Alors on vous dit : " On n'a qu'à les foutre à la porte."
    Mais on pourrait renvoyer chez eux : les Portugais, les Africains, les Nord-Africains, les Juifs. Non, pas les juifs ! Mais déjà rien que ceux-là ! D'autant que la majorité d'entre eux serait bien mieux chez eux ! La preuve on y va en vacances.
    Je me marre...
    Alors, on vous dit : " La Grèce...". La Grèce, c'est le soleil, les vieilles ruelles avec le linge qui pend aux fenêtres et la milice qui passe 4 par 4, armée jusqu'aux dents, prête à bondir. La Grèce, c'est les enfants, les mômes s'amusent avec rien, ils ramassent un rat mort dans le caniveau et ils jouent à Davy Crocket, ou alors une vieille boite de conserve aux bords tout coupants. Ils s'envoient ça dans la gueule ! Ils se fendent la gueule, les mômes ! Tandis que passe la milice, 4 par 4, armée jusqu'aux dents, prête à bondir.
    Vous prenez l'Espagne, c'est le soleil, c'est les vieilles ruelles avec le linge qui pend aux fenêtres, et la garde civile qui passe 4 par 4, armée jusqu'aux dents, prête à bondir.
    L'Espagne, c'est le folklore espagnol ! Moi, j'aime pas mais c'est chacun son goût. De toute façon, on leur jouerait du biniou, ils comprendraient pas alors ! Et pourtant il est espagnol.
    Alors ils sont là des heures ! Je les ai vus sur la plage : des heures et des heures, ils jouent. Feignants !
    Je me marre...
    Alors, on vous dit : " Oui, mais il y a la misère..."
    Bien sûr il y a la misère, mais la misère c'est beau ! Surtout quand c'est bien fait. Pour eux !
    Je me marre...
    On vous dit : " Le Chili...". Mais y z'ont tout ! On se demande de quoi ils se plaignent au Chili ! Le Chili y z'ont tout : y z'ont le soleil, le linge aux fenêtres, y z'ont les maladies qu'ils veulent, y z'ont les rats plein les caniveaux, y z'ont les brigades de la mort eux ! Qui passent 6 par 6, armées jusqu'aux dents, prêtes à bondir ! Alors c'est partout pareil.
    Bon y a quoi ?
    Il y a que la police qui change. Et alors ?

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    Tags Tags : , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :