• [Société] Peine de mort, théorie du genre et petits pois

    Quel est le lien entre la "théorie du genre", les retours sur le cas de cet homme dont l'exécution a prit deux heures en Arizona et les petits pois?

    Bon, avec le dernier point, pas grand chose (mais j'aime bien les petits pois). En revanche les deux premiers ont en commun un profond manque d'analyse et d'esprit critique.

    Comment, à une époque où l'information ne manque pas, où il est possible de se documenter, et où l'instruction est ouverte à tous dès l'enfance, comment en arrivons-nous à un tel degré de formatage?

    A chaque fois que je lis "théorie du genre", je l'avoue, la crédibilité de mon interlocuteur baisse de manière drastique, quoi qu'il ait pu dire d'intelligent avant.

    La seule "théorie du genre" qui existe est celle fantasmée dans l'esprit de ceux qui s'imaginent un complot visant à pervertir/formater les enfants pour en faire des créatures asexuées/des homos/des trans, j'en passe et des meilleurs.

    Dans les faits, ce que ces doux naïfs appellent "théorie du genre" (qu'il faudrait appeler "études de genre", le sujet n'ayant rien de théorique) vise simplement à enseigner aux gens dès l'enfance que garçon ou fille, on a le droit de faire les mêmes choses, de viser les mêmes métiers et même d'être copains! Et qu'il ne faut pas juger l'autre sur des idées reçues (un garçon ça ne pleure pas, une fille ça doit jouer à la poupée, etc). En fait, les programmes des études de genre visent à casser le formatage existant plutôt qu'à l'instituer.

    De fait, la "théorie du genre" telle qu'elle est imaginée chez ses détracteurs mélange un peu tout et n'importe quoi -y compris voir SURTOUT des sujets sans rapport- et regroupe une sorte d'apologie de l'homosexualité, et une incitation à la transsexualité, ainsi que quelques autres délires sous LSD... Eux voient ça:

    (Encore un qui a confondu les études de genre avec l'homoparentalité...)

    [Société] Peine de mort, théorie du genre et petits pois

    ...ou ça:

    (Oui mais non, vous n'y êtes toujours pas les gars...)

    [Société] Peine de mort, théorie du genre et petits pois

     

    Dans les faits, les études de genre ont surtout vocation à inciter au respect entre hommes et femmes, sans remise en question de l'identité sexuelle de l'individu. En gros, que ce n'est pas parce qu'on est pas du même sexe qu'on n'a pas le droit de faire les mêmes choses. En vérité, ça ressemblerait plutôt à ça:

     

    [Société] Peine de mort, théorie du genre et petits pois

     

    Le problème, c'est que la propagande "anti" a tellement bien marché qu'une ambiance "théorie du complot" s'est instillée dans le mot "genre".

    Dans la foulée, certains en ont profité pour associer le concept aux nouveaux droits ouverts aux homosexuels, avec de bons relents d'homophobie au passage. Bref, la polémique de la théorie du genre est ce qu'on appelle "un leurre" de la part des opposants, qui ont choisi ce prétexte pour bien faire comprendre qu'il n'y avait pas de place en France pour la différence et qu'il ne faut surtout pas déranger les gros préjugés de la femme au foyer et de l'homme au travail...

    Et cela, c'est facile à comprendre avec un minimum d'analyse. Pourtant, trop de gens en sont encore à rabâcher bêtement ce qu'ils entendent sans chercher à savoir si c'est vrai ou non.

     

     

    [Société] Peine de mort, théorie du genre et petits pois

     

    Vient maintenant l'histoire de, Joseph Wood, ce criminel américain condamné à mort pour le double homicide de sa petite amie et du père de celle-ci. Le condamné a souffert deux heures d'une lente agonie avant de rendre l'âme (article disponible ici).

    Un fait divers plutôt sordide, mais pas autant que les réactions qu'il a suscité. Et comme pour l'affaire de la petite Fiona, on retrouve nos braves concitoyens haranguer que deux heures d'agonie, ce n'est pas assez, que "c'est bien fait", et bis repetita.

    Si cet homme a essuyé la peine que la Justice lui a assigné, la souffrance n'était vraiment pas utile. Il a payé sa dette à la société de sa vie. Mais lire des tordus se délecter de cette nouvelle a quelque chose d'effrayant. Cela prouve une absence de limites, une perte de valeurs, un état d'esprit dangereux. Car on ne peut pas qualifier de "saine" une réaction de charognards se pourléchant les babines à l'idée d'une mort lente et douloureuse...

    Certains allaient même plus loin, prêchant la mutilation pour les délinquants récidivistes et la peine de mort systématique pour les criminels. Un concept qui ne prend pas en compte que ces méthodes ont existé et existent encore en certains points du globe et n'arrêtent absolument pas la criminalité (ce qui prouve au bout du compte de la plus simple des manières qu'elles sont inefficaces puisque le principe de l'exemple ne marche pas.)

    Mais face à cette logique pourtant basique, ils bottent en touche et maintiennent qu'un criminel ça doit payer le prix fort, invoquent la loi du Talion.

    Sauf que la vengeance n'est pas la Justice.

    Et qui l'évoque ouvertement se fait incendier, insulter par cette foule haineuse qui en appelle au sang versé. On m'a traitée de complaisante envers un assassin, simplement parce que j'ai soutenu que faire souffrir un monstre qui a lui-même distillé la souffrance ne faisait que répéter un schéma, et ne résolvait rien. Je n'ai jamais minimisé la gravité de ses actes pour autant.

    Pourtant, c'est vrai. Le fait de vouloir infliger à une personne les sévices qu'elle a prodigué à d'autres n'est qu'un principe vindicatif qui n'a que peu à voir avec le concept de Justice.

    Et quelque part, il y a quelque chose de fondamentalement malsain à vouloir répéter une souffrance. Cela revient à neutraliser un monstre pour en créer d'autres. Car oui, toutes ces braves gens qui hurlent qu'il faut rendre œil pour œil, dent pour dent se perdent un peu plus à chaque commentaire passionné, détaillant les sévices qu'il aurait fallu infliger à cet homme.

    Alors, dans le cas de la théorie du genre, comme dans le cas Joseph Wood, il y a quelque chose d'évident, un point commun frappant quant aux réactions des gens:

    Un manque complet d'analyse, de recul, de réflexion et de recherche. Dans les deux cas, nos braves concitoyens réagissent de manière passionnelle, au premier degré, sans chercher à peser le pour et le contre, persuadés d'avoir raison, d'avoir plus de légitimité que les autres à décréter qu'un homme doit souffrir, ou que les enfants n'ont pas à subir une soit-disant propagande pour les faire devenir homos/trans...

    Et à chaque fois que je lis ce genre de réaction, j'ai très peur. Peur pour les générations à venir, peur pour le futur, peur de voir vers quoi nous allons, peur de ces braves gens qui se contentent de prendre la doxa populaire pour vérité...

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